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La Bhagavad-Gîtâ
Le Livre de la Consécration
CHAP. I : Le
découragement d'Arjuna
CHAP. II : La
consécration par l'application aux doctrines spéculatives
CHAP. III : La
consécration par le juste accomplissement de l'action
CHAP. IV :
La consécration par la connaissance spirituelle
CHAP. V :
La consécration par le renoncement à l'action
CHAP VI: La
consécration par la maîtrise de soi
CHAP. VII :
La consécration par le discernement spirituel
CHAP. VIII : La
consécration à l'Esprit omniprésent appelé OM
CHAP. IX :
La consécration par la science royale et le souverain mystère
CHAP. X : La
consécration par les perfections divines universelles
CHAP. XI : Vision
de la forme divine incluant toutes les formes
CHAP. XII : La
consécration par la foi
CHAP. XIII : La
consécration par la distinction entre Kshetra et Kshetrajña
CHAP. XIV : La
consécration par la séparation des trois qualités
CHAP. XV :
La consécration par la connaissance de l'Esprit Suprême
CHAP. XVI : La
consécration par le discernement entre les natures divine et démoniaque
CHAP. XVII : La
consécration en rapport avec les trois sortes de foi
CHAP. XVIII :
La consécration en rapport avec le renoncement et la libération finale
I -- LE DÉCOURAGEMENT D'ARJUNA OM !
DHRITARÂSHTRA :
[1] Dis-moi, ô Samjaya, ce qui se passa entre les gens de mon propre parti et ceux de Pându, qui se sont assemblés à Kurukshetra, résolus à la guerre
SAMJAYA :
[2] Le roi Duryodhana, ayant aperçu l'armée des Pându rangée en ordre de bataille, s'approcha de son précepteur et prononça ces paroles :
[3] « Vois, ô Maître, l'armée puissante des fils de Pându rangée par ton pupille, le fils habile de Drupada. [4] On y voit, porteurs de grands arcs, des guerriers qui égalent dans le combat Bhîma et Arjuna, tels que Yuyudhâna et Virâta, et Drupada sur son grand char ; [5] Dhrishtaketu, Chekitâna et le vaillant roi de Kâshi et Purujit, et Kuntibhoja, avec Shaibya, chef des hommes ; [6] Yudhâmanyu le fort et Uttamauja le brave ; le fils de Subhadrâ et aussi tous les fils de Draupadî, dans leurs chars immenses. [7] Apprends aussi les noms des plus fameux de nos partisans. Je veux nommer quelques-uns de mes généraux en guise d'exemples, [8] en commençant par te citer toi-même, mon précepteur, et Bhîshma, Karna et Kripa, l'éternellement vainqueur, Ashvatthâman et Vikarna et le fils de Somadatta,[9] ainsi que de nombreux autres qui risquent leur vie pour mon service. Tous ces guerriers ont la pratique des armes ; ils sont armés d'engins divers et rompus à toutes les formes de combat. [10] Notre armée, commandée par Bhîshma, est insuffisante, tandis que les forces des Pându, conduites par Bhîma, sont suffisantes. [11] Que tous les généraux restent donc à leur poste, à leur rang respectif, et que chacun et tous décident Bhîshma à supporter l'attaque. »
[12] Alors, le chef ancien, frère de l'aïeul des Kuru, afin d'enflammer les esprits du chef Kuru, souffla dans sa conque qui résonna comme le rugissement du lion ; [13] et aussitôt d'innombrables conques et autres instruments de guerre résonnèrent de tous côtés, de sorte que la clameur devint terrible. [14] C'est alors que Krishna et Arjuna, debout dans un char splendide tiré par des chevaux blancs, soufflèrent à leur tour dans leurs conques ; elles étaient d'une forme céleste ; [15] celle dans laquelle soufflait Krishna était nommée Pâñchajanya, et celle d'Arjuna Devadatta, « le don des Dieux » . Bhîma, à la puissance terrifiante, souffla dans sa vaste conque, Paundra ; [16] Yudhishthira, le fils royal de Kuntî, fît sonner Ananta-Vijaya; Nakula et Sahadeva soufflèrent aussi dans leurs conques, l'une nommée Sughosha, l'autre Manipushpaka. [17] Le roi de Kâshi, à l'arc puissant, Shikhandin, Dhrishtadyumna, Virâta, Sâtyaki au bras invincible, [18] Drupada et les fils de sa royale fille, ô Seigneur de la Terre, le fils de Subhadrâ et tous les autres chefs et nobles soufflèrent également dans leurs conques, [19] de sorte que leurs sons aigus percèrent le cœur des Kuru et se répercutèrent avec un fracas terrible depuis les cieux jusqu'à la terre.
[20] Alors, Arjuna, portant Hanumân comme étendard, voyant les fils de Dhritarâshtra prêts à commencer le combat et déjà les flèches voler, leva son arc, [21] et adressa ces paroles à Krishna :
ARJUNA :
« Je t'en prie, ô Krishna, veuille conduire mon char dans l'espace vide [22] entre les deux armées, pour que je puisse observer quels sont ces hommes prêts au combat et anxieux de commencer la bataille, [23] quels sont ceux qu'il me faudra affronter sur ce champ clos, et quels sont les hommes assemblés ici pour soutenir dans la bataille le fils perfide de Dhritarâshtra. »
SAMJAYA :
[24] Alors, sur ces paroles d'Arjuna, Krishna conduisit le char, et, l'ayant arrêté dans l'espace vide entre les deux armées, [25] invita Arjuna à jeter ses regards sur les rangs des Kuru et voir où se tenaient le vieux Bhîshma et Drona, avec les principaux nobles de leur parti. [26] Debout, Arjuna inspecta les deux armées et contempla des deux côtés les ancêtres, les oncles, les cousins, les tuteurs, les fils et les frères,[27] les parents proches et les amis intimes ; et lorsqu'il eut considéré ce spectacle pendant quelque temps, et contemplé toute sa race rangée en bataille, [28] il fut saisi d'une extrême pitié et, accablé de découragement, prononça ces paroles affligées :
ARJUNA :
« Maintenant que j'ai vu, ô Krishna, mes parents anxieux de combattre, mes membres se dérobent, [29] mon courage fléchit, mes poils se hérissent et tout mon corps tremble d'horreur! [30] Même mon arc Gândîva s'échappe de ma main et ma peau brûle et se dessèche. Je suis incapable de me soutenir, il me semble que mon esprit vacille, [31] et je ne vois de toute part que des augures funestes. Quand j'aurai détruit ma propre race, pourrai-je encore prétendre au bonheur ? [32] Je ne désire pas la victoire, ô Krishna; je ne souhaite point le plaisir; car de quel prix sont le pouvoir et les joies de la vie, et la vie elle-même, [33] quand ceux qui sont destinés à jouir du pouvoir, du plaisir et des joies de la vie ont fait le sacrifice de la vie et de la fortune et se tiennent prêts au combat sur ce champ de bataille ? [34] Tuteurs, fils et pères, aïeux et petits-fils, oncles et neveux, cousins, parents et amis ! [35] Dussent-ils me tuer, je ne voudrais pas les combattre ; non, fût-ce même pour la souveraineté sur les trois régions de l'univers, à plus forte raison pour cette petite terre ! [36] Après avoir tué les fils de Dhritarâshtra, je te demande, ô toi invoqué par les mortels, quel plaisir pourrions-nous encore goûter ? En les exterminant, tout tyrans qu'ils sont, le péché retomberait sur nous. [37] Il ne nous sied donc pas de tuer des parents aussi proches. Après avoir été les meurtriers de notre race, comment pourrions-nous encore, ô Krishna, jouir du bonheur ? [38] Qu'importe si eux-mêmes, égarés par la passion du pouvoir, ne voient nul péché dans l'extermination de leur race et nul crime dans le meurtre de leurs amis ! [39] Est-ce là une raison pour ne pas nous détourner d'un pareil crime, nous qui abhorrons le péché du massacre de nos propres parents ? [40] Par la destruction d'une tribu, l'ancienne vertu de la tribu et de la famille se perd ; avec la perte de la vertu, le vice et l'impiété engloutissent la race entière ; [41] sous l'influence de l'impiété, les femmes de la famille deviennent vicieuses, et des femmes devenues vicieuses naît la corruption des castes, appelée varnasamkara. [42] La corruption des castes est une porte de l'enfer, à la fois pour ceux qui ont ainsi détruit une tribu et pour ceux qui survivent ; et leurs ancêtres, privés des cérémonies et des offrandes de gâteaux à leurs mânes, s'enfoncent dans les régions infernales.[43] Par les crimes des exterminateurs d'une tribu, et les crimes des responsables de la confusion des castes, les vertus familiales et les vertus de la tribu entière sont à jamais perdues ; [44] et nous avons lu dans les Saintes Écritures, ô Krishna, qu'un séjour en enfer est le sort des mortels dont la génération a perdu ses vertus.[45] Malheur à moi ! Quel crime épouvantable sommes-nous prêts à commettre ! Hélas ! se peut-il que ce soit par le désir du pouvoir et des plaisirs que nous soyons ici prêts à massacrer nos propres parents ! [46] J'aimerais mieux attendre patiemment que les fils de Dhritarâshtra, les armes à la main, arrivent jusqu'à moi sans trouver d'opposition et me tuent sans résistance sur le champ de bataille. »
SAMJAYA :
[47] Ayant ainsi parlé, Arjuna se laissa tomber sur son char entre les deux armées ; et ayant rejeté son arc et ses flèches, son cœur fut en proie au découragement.
Ainsi, dans l'UPANISHAD nommée la Sainte BHAGAVAD-GÎTÂ, dans la Science de l'Esprit Suprême, dans le livre de la Consécration, dans le colloque entre Krishna, le Saint Instructeur, et Arjuna, est exposé le premier chapitre intitulé :
CHAPITRE II
LA CONSÉCRATION
PAR L'APPLICATION AUX DOCTRINES
SPÉCULATIVES
SAMJAYA :
[1] Krishna, le voyant ainsi en proie à la dépression, les yeux versant un torrent de larmes et le cœur oppressé par une profonde affliction, lui adressa les paroles suivantes :
KRISHNA :
[2] « D'où te vient, ô Arjuna, cet abattement en face des difficultés, indigne d'un homme d'honneur et ne conduisant ni au ciel ni à la gloire ? Cette conduite est déplorable, contraire au devoir et la source du déshonneur. [3] Ne te laisse pas aller à ce manque de virilité, car cela sied mal à un être tel que toi. Abandonne, ô persécuteur de tes ennemis, cette méprisable faiblesse de ton cœur et lève-toi. »
ARJUNA :
[4] «Comment puis-je, ô meurtrier de Madhu, m'engager dans un combat, armé de mes flèches, contre des êtres tels que Bhîshma et Drona qui, parmi tous les mortels, sont les plus dignes de mon respect ? [5] J'aimerais mieux mendier mon pain à travers le monde qu'être le meurtrier de mes précepteurs, si dignes de ma vénération la plus profonde. Si je devais détruire de tels amis, je jouirais d'opulence, de richesses et de plaisirs souillés de leur sang. [6] Et qui pourrait dire s'il serait préférable de les vaincre ou d'être vaincu par eux ? Car ceux qui sont là, rangés en ordre de bataille, nous affrontant pleins de fureur — et à la mort desquels, s'ils devaient périr par ma main, je ne voudrais par survivre — ce sont les fils et le peuple de Dhritarâshtra. [7] Étant d'un caractère enclin à la compassion et à la peur de mal agir, je te demande ce qu'il est préférable de faire. Indique-le moi clairement. Je suis ton disciple, par conséquent montre-moi mon devoir, à moi qui suis sous ta tutelle ; car mon entendement est confondu par les ordres de mon devoir, [8] et je ne vois rien qui puisse apaiser la douleur qui tarit mes facultés, dussé-je obtenir un royaume sans rival sur terre, ou même la domination sur les armées du ciel. »
SAMJAYA :
[9] Ayant ainsi parlé à Krishna, Arjuna ajouta : « Je ne combattrai pas, ô Govinda » , et il resta silencieux. [10] Krishna souriant tendrement, adressa les paroles suivantes au Prince qui se tenait abattu entre les deux armées :
KRISHNA :
[11] « Tu te lamentes pour des êtres sur lesquels il ne faudrait pas se lamenter et tes sentiments sont ceux des commentateurs de la lettre de la Loi. Les sages versés dans les choses spirituelles ne se lamentent ni sur les morts, ni sur les vivants. [12] Jamais il ne fut un temps où moi, ni toi, ni tous ces princes de la Terre cessâmes d'exister ; et nous ne pourrons jamais cesser d'exister dans l'avenir. [13] Ainsi que le Seigneur de cette dépouille mortelle y éprouve tour à tour l'enfance, la jeunesse et la vieillesse, de même les éprouvera-t-il dans les incarnations futures. Celui qui est convaincu de cette vérité ne peut jamais être troublé, quoi qu'il lui arrive. [14] Les sens, se dirigeant vers les objets qui leur sont appropriés, sont les producteurs de la chaleur et du froid, du plaisir et de la douleur — effets qui se manifestent et disparaissent, et sont brefs et changeants. Supporte-les, ô fils de Bharata ! [15] Car le sage qui n'en est point dérangé, et qui endure d'une âme égale les joies et les douleurs, est prêt pour l'immortalité. [16] Il ne peut y avoir d'existence pour ce qui n'existe pas, ni de non-existence pour ce qui existe. La caractéristique ultime de ces deux modalités est perçue par ceux qui voient la vérité et qui pénètrent les principes des choses. [17] Sache que ce qui fit naître toute chose est incorruptible, et que nul ne peut détruire CELA, l'Inépuisable. [18] Il est dit que ces corps limités, enveloppant les âmes qui les habitent, sont à Lui, l'éternel, indestructible et insondable Esprit qui séjourne dans les corps. C'est pourquoi, ô Arjuna, résous-toi au combat. [19] L'homme qui croit que c'est cet Esprit qui tue, et celui qui pense qu'il peut être détruit, sont également dans l'erreur, car il ne tue pas et ne peut être tué. [20] Il ne s'agit pas ici de quelque chose dont un homme puisse dire : " Cela a été, cela va être, ou cela sera plus tard " ; car l'Esprit est sans naissance et n'encourt pas la mort ; il est ancien, constant et éternel, et il n'est point abattu quand sa dépouille mortelle est détruite. [21] Comment l'homme qui croit l'Esprit incorruptible, éternel, inépuisable et sans naissance, pourrait-il penser qu'il puisse tuer ou être tué ? [22] De même que l'homme se débarrasse de ses vêtements usés pour en revêtir de neufs, ainsi l'habitant du corps, ayant quitté ses vieilles enveloppes mortelles en prend d'autres qui sont neuves. [23] L'épée ne peut le diviser, ni le feu le brûler, ni l'eau le corrompre, ni le vent le dessécher ; [24] car il est indivisible, inconsumable, incorruptible et ne peut être desséché ; il est éternel, universel, [25] permanent, immuable, invisible, inconcevable et inaltérable ; par conséquent, le sachant tel, tu ne devrais pas t'affliger. [26] Mais, si tu crois qu'il est de naissance et de durée éternelles, ou bien qu'il meurt avec le corps, jamais cependant tu n'as le droit de le pleurer. [27] La mort est certaine pour toutes les choses qui sont nées, et la renaissance est certaine pour tous les mortels ; par conséquent, il ne te sied guère de te lamenter sur l'inévitable. [28] L'état prénatal des êtres est inconnu ; l'état intermédiaire est évident ; et on ne peut découvrir leur état après la mort. Ya-t-il là de quoi se lamenter ? [29] Certains considèrent comme une chose miraculeuse l'esprit incarné, d'autres en parlent et d'autres en entendent parler avec étonnement ; mais aucun ne le réalise, même après en avoir entendu la description. [30] Cet esprit ne peut jamais être détruit dans l'enveloppe mortelle qu'il habite, il est donc indigne de toi d'être troublé pour tous ces mortels. [31] Ne tiens compte que de ton devoir envers ta propre tribu : il ne te sied pas de trembler. Pour un soldat de la caste des Kshatriya n'est point de devoir supérieur à une guerre légitime, et voilà que selon ton désir la porte du ciel se trouve ouverte devant toi, grâce à ce combat non prémédité et glorieux, que seuls peuvent obtenir les soldats favorisés du sort. [33] Mais par contre, si tu ne veux pas remplir les devoirs de ton état et combattre sur le champ de bataille, tu manqueras au devoir naturel et à l'honneur, et tu seras coupable d'un crime. [34] Les hommes te considéreront à jamais comme infâme et, pour un être jadis respecté dans le monde, l'infamie est pire que la mort. [35] Les généraux des armées considèreront ta retraite du champ de bataille comme dictée par la peur, et tu seras méprisé même par ceux qui étaient portés à te croire une grande âme. [36] Tes ennemis parleront de toi en termes méprisants, diffamant ton courage et tes dons ; que pourrait-il t'arriver de plus épouvantable ? [37] Tué, tu obtiendras le ciel ; vainqueur, le monde sera ta récompense ; lève-toi donc, ô fils de Kuntî, le cœur résolu au combat ; [38] fais en sorte que le plaisir et la douleur, le gain et la perte, la victoire et la défaite te soient indifférents et ensuite prépare-toi au combat, car c'est ainsi et ainsi seulement que, dans l'action, tu n'encourras pas le péché.
[39] « Tu viens d'entendre l'exposé de la science spéculative d'après la doctrine du Sâmkhya ; écoute maintenant ce qui te permettra dans la doctrine pratique de la Consécration —si tu en es parfaitement pénétré — de briser définitivement les chaînes du karma et de t'élever au-dessus d'elles. [40] Dans ce système de Yoga, nul effort n'est perdu et il ne peut entraîner aucune conséquence mauvaise ; même un peu de ce Yoga peut préserver un homme d'un grand danger. [41] Dans ce sentier, il n'y a qu'un seul objectif, il est d'une nature nette et invariable ; ceux qui ne suivent pas ce système ont une foi diffuse et poursuivent des objectifs sans fin.
[42] « Les ignorants, prenant plaisir aux controverses sur les Veda, corrompus par les délices terrestres, préfèrent les jouissances éphémères du ciel à l'absorption éternelle ; [43] tout en déclarant qu'il n'y a pas d'autre récompense, ils prononcent, en vue d'obtenir des richesses et des jouissances terrestres, des phrases fleuries prometteuses de récompenses pour des incarnations futures, comme fruits d'actions présentes ; ils célèbrent aussi maintes cérémonies spéciales dont le résultat sera l'accumulation de mérites procurant le pouvoir et la possession d'objets dont ils jouiront. [44] Mais ceux qui désirent ainsi richesses et plaisirs n'ont pas de certitude dans l'âme et sont les moins capables de méditation. [45] Le sujet des Veda est l'assemblage des trois qualités. Libère-toi de ces qualités, ô Arjuna! Dégage-toi de l'emprise des « paires des opposés » et, fermement établi dans la qualité de sattva, sois délivré des soucis terrestres et du désir de conserver les possessions présentes ; sois concentré en toi-même sans être esclave des objets des sens ou du mental. [46] Pour un Brâhmane qui a réalisé la vérité, les rites védiques sont aussi bienfaisants qu'un réservoir d'eau dans un lieu inondé de tous côtés.
[47] « Fais donc en sorte que le motif de l'action soit dans l'action même et non pas dans son issue. Que jamais l'espoir de la récompense ne t'incite à l'action et, d'autre part, ne laisse pas ta vie se perdre dans l'inaction. [48] Persistant fermement dans le Yoga, accomplis ton devoir, ô Dhanamjaya (3) et, écartant de l'action tout désir de profit personnel, sois indifférent au résultat, qu'il soit heureux ou malheureux. Yoga signifie égalité d'âme.
[49] « Cependant, ô contempteur des richesses, l'accomplissement des œuvres est très inférieur à la consécration mentale. Cherche donc un asile dans cette consécration mentale qui est la connaissance ; ceux qui sont poussés à l'action par l'espoir de la récompense sont misérables et malheureux. [50] Mais celui qui, par le Yoga, est mentalement consacré rejette également les résultats heureux et malheureux, car il les a dépassés ; le Yoga est la perfection dans l'accomplissement des actions ; aspire donc à cette consécration ; [51] car ceux qui sont ainsi unis à la connaissance, qui sont consacrés et ont renoncé à toute récompense pour leurs œuvres échappent à la renaissance terrestre et vont au séjour de béatitude éternelle, séjour exempt de tout mal et inaccessible à l'affliction.
[52] « Quand ton cœur aura échappé aux pièges de l'illusion, toutes les doctrines variées qui ont été exposées, et celles qui le seront dans l'avenir te seront complètement indifférentes. [53] Lorsque ton mental, libéré des Veda, se sera fixé immuablement dans la contemplation, tu atteindras à la consécration. »
ARJUNA :
[54] « Quels sont, ô Keshava (4), les caractères de l'homme sage et consacré, fixé dans la contemplation et confirmé dans la connaissance spirituelle ? Que pourrait enseigner un pareil sage ? Où pourrait-il demeurer ? Agit-il et vit-il comme les autres hommes ? »
KRISHNA :
[55] « On dit qu'un homme est confirmé dans la connaissance spirituelle lorsqu'il abandonne chaque désir qui entre dans son cœur, lorsqu'il est heureux par lui-même et satisfait dans le Soi par le Soi. [56] Son esprit n'est pas troublé dans l'adversité; il est heureux et satisfait dans la prospérité, et les soucis, la peur et la colère lui sont étrangers. Un tel homme est appelé un Muni. [57] Il est établi dans la sagesse lorsqu'en toute circonstance il accepte chaque événement favorable ou défavorable, d'un esprit égal, sans aversion ni préférence et lorsque dans la bonne ou la mauvaise fortune il ne se réjouit point de la première et n'est point déprimé par la seconde. [58] Lorsque, pareil à la tortue, il peut replier tous ses sens et restreindre leurs fins, sa connaissance spirituelle est définitive. [59] L'homme affamé se détourne de tout objet étranger à la satisfaction de son appétit et ainsi, lorsqu'il atteint à la connaissance du Suprême, il perd tout désir pour les objets de toute nature. [60] Les organes et les sens fougueux entraînent violemment le cœur, fût-ce même celui d'un sage qui lutte pour la perfection. [61] Que l'homme, dominant sa nature inférieure, persiste dans la consécration en se reposant en moi, son véritable soi ; car celui qui contrôle ses sens et ses organes possède la connaissance spirituelle.
[62] « Quiconque s'inquiète du désir de ses sens, y attache son intérêt; de cet attachement naît la passion, de la passion la colère, [63] de la colère l'illusion, de l'illusion la perte de la mémoire, de la perte de la mémoire la perte du discernement, et de la perte du discernement la perte de tout ! [64] Mais celui qui, libre de tout attachement et de toute répulsion pour les objets, les expérimente par les sens et les organes, le cœur soumis à la volonté, celui-là atteint à la sérénité. [65] Cet état tranquille une fois atteint, il en résultera bientôt l'affranchissement de toute affliction ; et son esprit ayant ainsi atteint la paix, absorbé dans un objet unique, embrassera la sagesse dans toutes les directions. [66] L'homme dont le cœur et le mental ne sont point en repos est privé de sagesse ou du pouvoir de contemplation ; celui qui ne pratique pas la réflexion ne connaît pas le calme, et comment un homme privé de calme pourrait-il atteindre au bonheur ? [67] Son cœur effréné, obéissant aux ordres des passions mobiles, arrache sa connaissance spirituelle comme la tempête emporte la barque sur l'océan déchaîné. [68] C'est pourquoi, ô toi aux bras puissants, l'homme dont l'entendement est détaché des objets des sens possède la connaissance spirituelle. [69] Ce qui semble nuit aux êtres privés de lumière est grand jour pour le regard du sage ; ce qui leur semble jour, le sage le considère comme nuit, nuit de l'ignorance. Tel est le sage maître de lui-même !
[70] « L'homme dont les désirs pénètrent le cœur comme les cours d'eau affluent dans l'océan passif et jamais débordant qui, bien que toujours plein, ne quitte jamais son lit, cet homme-là obtient le bonheur, et non celui qui se complaît dans ses désirs insatiables.
[71] « Celui qui, ayant abandonné tout désir, agit sans convoitise, ni égoïsme, ni orgueil, ne se considérant ni comme acteur, ni comme possesseur, celui-là atteint au repos. [72] Voilà, ô fils de Prithâ, ce que l'on entend par confiance en l'Esprit Suprême, et celui qui possède cette confiance ne s'égarera plus ; l'ayant acquise et s'y trouvant fortement établi à l'heure de la mort, il atteindra au nirvâna dans le Suprême. »
Ainsi, dans l'UPANISHAD nommée la Sainte BHAGAVAD-GÎTÂ, dans la Science de l'Esprit Suprême, dans le livre de la Consécration, dans le colloque entre Krishna, le Saint Instructeur, et Arjuna, est exposé le second chapitre intitulé :
LA CONSÉCRATION
PAR L'APPLICATION
À LA DOCTRINE SÂMKHYA
CHAPITRE III
LA CONSÉCRATION
PAR LE JUSTE ACCOMPLISSEMENT
DE L'ACTION
ARJUNA :
[1] « Si, selon ton opinion, ô dispensateur des bienfaits, la connaissance est supérieure à la pratique des actions, pourquoi me pousser à une entreprise aussi terrible ? [2] Tes paroles qui me semblent ambiguës troublent ma raison : choisis donc la voie la meilleure pour atteindre au bonheur et indique-la moi clairement ! »
KRISHNA :
[3] « J'ai déjà déclaré, ô Prince sans péché, qu'il existe ici-bas deux modes de consécration : celui des adeptes de la science spéculative appelée Sâmkhya, qui est l'exercice de la raison dans la contemplation, et celui des adeptes de l'école du Yoga, qui est la consécration par l'accomplissement de l'action.
[4] « L'homme ne peut se libérer de l'action en négligeant d'entreprendre sa tâche, ni atteindre au bonheur en s'abstenant de toute action. [5] Nul ne peut rester inactif un seul instant. Tout être est porté involontairement à agir par les qualités provenant de la nature.[6] Celui qui, tout en ayant maîtrisé ses sens et ses organes, demeure inactif mais laisse son cœur se préoccuper des objets des sens est appelé un faux dévot à l'âme égarée. [7] Par contre, celui qui a subjugué ses passions et qui, indifférent au résultat, accomplit tous les devoirs de la vie avec ses facultés actives est un homme estimable. [8] Accomplis donc les actions nécessaires : l'action est supérieure à l'inaction. Ton corps mortel ne pourrait mener à bonne fin son pèlerinage terrestre en restant inactif. [9] Tout acte qui n'est pas accompli comme un sacrifice enchaîne l'acteur par l'action. Abandonne donc, ô fils de Kuntî, tout mobile égoïste et dans l'action accomplis ton devoir pour lui seul. [10] Lorsque jadis le Seigneur des créatures fit l'humanité et établit en même temps son culte, il parla et dit : " Par cette adoration, priez pour la prospérité; qu'elle soit pour vous Kâmadhuk, la vache d'abondance, à laquelle vous vous en remettrez pour l'accomplissement de tous vos désirs. [11] Nourrissez-en les Dieux, afin que les Dieux à leur tour vous nourrissent; et, vous nourrissant ainsi mutuellement, vous obtiendrez la plus haute félicité. [12] Les Dieux, nourris d'adoration par le sacrifice, vous accorderont la jouissance de vos désirs. Celui qui jouit des présents des Dieux sans leur en offrir une part en sacrifice est semblable au voleur " . [13] Mais ceux qui n'absorbent comme nourriture que les restes des offrandes seront purifiés de toutes leurs fautes. Ceux qui préparent leurs mets en ne visant que leur propre satisfaction mangent le pain du péché, car ils sont eux-mêmes le péché incarné. [14] Les êtres sont nourris d'aliments, les aliments sont les produits de la pluie, la pluie est le résultat du sacrifice et le sacrifice est accompli par l'action. [15] Sache que l'action provient de l'Esprit Suprême qui est un ; voilà pourquoi l'Esprit qui pénètre tout est toujours présent dans le sacrifice.
[16] « Celui qui, jouissant coupablement de la satisfaction de ses passions, n'apporte pas sa contribution au maintien de la rotation de la roue ainsi mise en mouvement, celui-là vit en vain, ô fils de Prithâ.
[17] « Mais celui qui se complaît uniquement dans le Soi intérieur, trouvant en lui et en lui seul son bonheur et son contentement, celui-là n'a pas d'intérêt égoïste dans l'action. [18] Il n'attache d'intérêt ni à ce qui est fait ni à ce qui n'est pas fait ; parmi toutes les choses créées, il n'y a pas un seul objet dont il puisse dépendre. [19] Par conséquent, fais toujours ce que tu as à faire, sans t'inquiéter de l'issue de tes actes ; car l'homme qui accomplit son devoir sans s'attacher au résultat atteint le Suprême. [20] Janaka et d'autres sont arrivés à la perfection, même par l'action. Si d'ailleurs tu ne considérais que le seul bien de l'humanité, ton devoir serait évident, [21] car tout ce qui est pratiqué par les hommes excellents est aussi pratiqué par les autres. Leur exemple, quel qu'il soit, est suivi par le monde. [22] Il n'y a rien, ô fils de Prithâ, dans les trois régions de l'univers que je doive accomplir, et rien d'accessible que je n'aie atteint; et cependant, j'agis constamment. [23] Si je n'étais infatigablement actif, ô fils de Prithâ, tous les hommes suivraient bientôt mon exemple. [24] Si je n'agissais constamment, ces créatures périraient ; je serais la cause de la confusion des castes et j'aurais tué toutes ces créatures. [25] Ô fils de Bharata, alors que l'ignorant accomplit les devoirs de la vie dans l'espoir de la récompense, le sage, mû par le désir de conduire le monde vers le devoir et de servir l'humanité, devrait accomplir ses œuvres avec désintéressement. [26] Il ne devrait pas semer la confusion dans l'entendement des ignorants attirés vers les œuvres extérieures, mais les conduire à l'action par son propre exemple. [27] Toutes les actions sont accomplies par les qualités de la nature. L'homme abusé par l'ignorance pense : " Je suis celui qui agit " . [28] Mais s'il connaît la nature des deux distinctions de la cause et de l'effet, l'homme ne s'attache pas en agissant, ô toi aux bras puissants ! Car il sait que les qualités agissent seulement sur les qualités, et que le Soi en est distinct.
[29] « Ceux qui sont privés de cette connaissance attachent leur intérêt aux actions qui découlent ainsi des qualités ; et l'homme parfaitement éclairé ne devrait pas troubler ceux dont le discernement est faible et la connaissance imparfaite, ni les amener à se relâcher dans leur devoir.
[30] « Rapportant tout acte à moi et concentrant ta méditation sur le Soi Supérieur, résous-toi à combattre, sans espoir, exempt d'égotisme et libéré de l'angoisse.
[31] « Ceux qui suivent fidèlement ma doctrine sans la mépriser, et avec une foi constante, seront émancipés même par les actions ; [32] mais ceux qui la méprisent et s'en écartent sont des êtres aveugles à toute connaissance, dénués de discernement et condamnés à périr.
[33] « Cependant, même le sage recherche ce qui est homogène à sa propre nature. Toutes les créatures agissent conformément à leur nature; quelle serait alors l'utilité de la restriction ? [34] Chaque entreprise des sens comporte l'attachement et l'aversion. Un sage ne devrait pas tomber sous l'empire de ces deux passions, car ce sont les ennemies de l'homme. [35] Mieux vaut accomplir son propre devoir, même dépourvu d'excellence, que d'accomplir parfaitement le devoir d'un autre. Mieux vaut périr en accomplissant son propre devoir ; le devoir d'autrui est plein de dangers. »
ARJUNA :
[36] « Quel pouvoir, ô descendant de Vrishni, pousse l'homme à commettre des offenses, apparemment contre sa volonté et comme contraint par quelque force secrète ? »
KRISHNA :
[37] « C'est le désir insatiable qui l'y incite. C'est la passion, jaillie avide et lourde de péché de la qualité de rajas . Sache qu'elle est l'ennemie de l'homme sur cette terre. [38] Telle la flamme est entourée de fumée et le miroir envahi par la rouille , tel le fœtus est enveloppé par la matrice, ainsi l'univers est enveloppé par cette passion. [39] La connaissance est entourée de toute part par cette éternelle ennemie du sage qui, sous la forme du désir, fait rage comme l'incendie, et ne saurait jamais être apaisée. [40] Son empire s'étend sur les organes et les sens, sur le principe pensant ainsi que sur la faculté de discernement ; c'est par eux qu'elle obscurcit le discernement et qu'elle égare le Seigneur du corps. [41] Voilà pourquoi, ô le meilleur des descendants de Bharata, tu dois, en restreignant tes sens dès le début, vaincre ce péché, destructeur de la connaissance et du discernement spirituel.
[42] « Les sens et les organes sont tenus en grande estime, mais le soi pensant leur est supérieur. Le principe du discernement est plus grand que le soi pensant, et ce qui dépasse en grandeur même le principe du discernement, c'est Lui. [43] Ainsi, connaissant ce qui est plus grand que le principe du discernement et fortifiant le soi inférieur par le Soi Supérieur, ô toi aux bras puissants, tue cet ennemi formé par le désir et qui est difficile à saisir. »
Ainsi, dans l'UPANISHAD nommée la Sainte BHAGAVAD-GÎTÂ, dans la Science de l'Esprit Suprême, dans le livre de la Consécration, dans le colloque entre Krishna, le Saint Instructeur, et Arjuna, est exposé le troisième chapitre intitulé :
LA CONSÉCRATION
PAR LE JUSTE ACCOMPLISSEMENT
DE L'ACTION
IV -- LA CONSÉCRATION
PAR LA CONNAISSANCE SPIRITUELLE
KRISHNA :
[1] « Cette doctrine inépuisable de Yoga fut enseignée jadis par moi à Vivasvat ; Vivasvat la transmit à Manu , et Manu la fît connaître à lkshvâku et, [2] en se transmettant ainsi de l'un à l'autre, elle fut connue par les Râjarshi, puis, à la longue, l'art puissant se perdit dans le cours des temps, ô persécuteur de tes ennemis ! [3] C'est la même doctrine inépuisable, secrète et éternelle, que je t'ai communiquée aujourd'hui, puisque tu es mon fidèle disciple et mon ami. »
ARJUNA :
[4] « Puisque ta naissance est postérieure à celle de Vivasvat, comment puis-je comprendre que ce fût toi le premier instructeur de cette doctrine ? »
KRISHNA :
[5] « Tous deux, moi et toi, avons passé par de multiples naissances, ô persécuteur de tes ennemis ! Les miennes me sont connues, mais toi tu ne connais pas les tiennes.
[6] « Bien que je sois non né, d'essence immuable, et le Seigneur de tout ce qui existe, néanmoins, en dirigeant la nature — qui est mienne — je nais uniquement par ma propre Mâyâ , le pouvoir mystique de la soi-idéation, la pensée éternelle dans le mental éternel . [7] J'apparais parmi les créatures, ô fils de Bharata, chaque fois que la vertu décline et qu'il y a une nouvelle éruption de vice et d'injustice dans le monde ; [8] et ainsi je m'incarne d'âge en âge, pour la sauvegarde du juste, la destruction du méchant et le rétablissement de la justice. [9] Quiconque, ô Arjuna, connaît la vérité sur ma naissance divine et mes œuvres n'entre plus dans un corps nouveau après avoir quitté sa dépouille mortelle car il s'unit à moi. [10] Nombreux sont ceux qui, s'étant libérés du désir, de la peur et de la colère, pénétrés de mon esprit, se fiant entièrement à moi et ayant été purifiés par le feu ascétique de la connaissance, ont réalisé l'union avec mon être. [11] Quelle que soit la voie empruntée par les hommes pour m'approcher, c'est dans cette voie même que je les aide. Quel que soit le chemin choisi par l'humanité, ce chemin est mien, ô fils de Prithâ. [12] Ceux qui aspirent à obtenir le succès de leurs œuvres dans cette vie sacrifient aux Dieux ; et le succès de leurs actions ne tardera pas à leur être accordé dans ce monde.
[13] « L'humanité fut créée par moi en quatre castes distinctes quant à leurs principes et à leurs devoirs d'après la distribution naturelle des actions et des qualités . Sache donc que, tout en étant immuable et inactif, j'en suis l'auteur. [14] Les actions ne m'affectent pas et je n'attends rien des fruits des actions. Celui qui comprend que ma nature est telle n'est pas enchaîné à la renaissance par les liens de l'action. [15] Les anciens qui aspiraient au salut éternel, ayant découvert cette vérité, ont cependant continué à accomplir des œuvres. Accomplis donc toi aussi des œuvres, tout comme le firent autrefois les anciens.
[16] « Les sages eux-mêmes ont été induits en erreur sur ce qui est action et inaction ; je vais donc t'expliquer ce qu'est l'action, et cette connaissance te délivrera du mal. [17] L'homme doit bien apprendre quelle est l'action qui doit être accomplie, celle qui ne doit pas l'être, et en quoi consiste l'inaction. Le sentier de l'action est obscur. [18] Celui qui reconnaît l'inaction dans l'action et l'action dans l'inaction est sage parmi les hommes ; c'est un fidèle véritablement consacré qui accomplit parfaitement toutes les actions.
[19] « Ceux qui possèdent le discernement spirituel considèrent comme sage l'homme dont les entreprises sont exemptes de désir, car ses actions sont alors consumées par le feu de la connaissance. [20] Il abandonne le désir de voir ses actions récompensées, il est libre, satisfait, complètement indépendant et demeure réellement inactif tout en étant engagé dans l'action. [21] Il ne sollicite point de résultat, ayant maîtrisé ses pensées et son corps et se trouvant au-dessus de la jouissance procurée par les objets, en accomplissant avec le corps seul les actions corporelles, il ne s'assujettit pas à la renaissance. [22] Il accepte tout ce qu'il reçoit fortuitement, il est libre de l'influence des " paires des opposés " et de l'envie, invariable dans le succès comme dans l'insuccès ; même en agissant, il n'est pas attaché par les liens de l'action. [23] Toutes les actions s'évanouissent et n'ont aucun effet sur l'homme libéré de tout intérêt personnel, qui est consacré, dont le cœur est attaché à la connaissance spirituelle, et dont les actes sont des sacrifices dédiés au Suprême. [24] L'Esprit Suprême est l'acte d'offrande, l'Esprit Suprême est le beurre sacrificiel versé dans le feu qui est l'Esprit Suprême, et c'est à l'Esprit Suprême que va celui qui fait de l'Esprit Suprême l'objet de sa méditation pendant l'accomplissement de ses actions.
[25] « Certains fidèles sacrifient aux Dieux, tandis que d'autres, allumant le feu plus subtil de l'Esprit Suprême, s'offrent eux-mêmes ; [26] d'autres encore, dans le feu de la discipline, sacrifient au moyen des sens en commençant par l'ouïe ; certains renoncent à tous les sons qui charment les sens, [27] et d'autres, illuminés par la connaissance spirituelle, sacrifient toutes les fonctions des sens et de la vitalité dans le feu de la consécration par la maîtrise de soi. [28] Il y a également ceux qui accomplissent des sacrifices par la distribution de leur fortune en aumônes, par la mortification, par la dévotion et par l'étude silencieuse. [29] Certains sacrifient le souffle ascendant dans le souffle descendant et le souffle descendant dans l'ascendant en obstruant les canaux de l'inspiration et de l'expiration, et d'autres arrêtent les mouvements des deux souffles vitaux ; [30] d'autres encore sacrifient la vie dans leur vie en s'abstenant de nourriture.
« Tous ces adorateurs divers sont purifiés de leurs péchés par leurs sacrifices, [31] mais ceux qui participent de la perfection de la connaissance spirituelle qui découle de tels sacrifices s'unissent à l'Esprit Suprême éternel. Mais pour celui qui n'offre aucun sacrifice, il n'y a en ce monde ni place, ni destin ; quelle sera alors sa part dans l'autre, ô le meilleur des Kuru ?
[32] « Tous ces divers sacrifices sont déployés en la présence de Brahman ; sache qu'ils découlent tous de l'action : par cette compréhension tu obtiendras la libération. [33] Ô persécuteur de tes ennemis, le sacrifice par la connaissance spirituelle est supérieur au sacrifice offert avec des choses matérielles ; sans exception, chaque action est incluse dans la connaissance spirituelle, ô fils de Prithâ. [34] Cherche cette sagesse en servant, par une puissante recherche, au moyen de questions et de l'humilité ; les sages qui voient la vérité te la communiqueront et, [35] la connaissant, jamais, ô fils de Bharata, tu ne retomberas dans l'erreur. Par cette connaissance tu verras toutes choses et toutes créatures en toi-même d'abord et ensuite en moi. [36] Même si tu étais le plus grand des pécheurs, tu parviendrais à traverser l'océan des péchés sur la barque de la connaissance spirituelle. [37] Tel le feu naturel, ô Arjuna, réduit le bois en cendres, de même le feu de la connaissance réduit en cendres toutes les actions. [38] Il n'existe ici-bas nul purificateur comparable à la connaissance spirituelle ; et celui qui est parfaitement consacré verra, dans le cours des temps, la connaissance spirituelle jaillir spontanément en lui. [39] L'homme qui a discipliné ses sens et ses organes et possède la foi obtient la connaissance spirituelle et, l'ayant obtenue, ne tarde pas à atteindre à la suprême tranquillité ; [40] mais les ignorants, ceux qui sont en proie au doute et privés de foi, sont des êtres perdus. L'homme au mental plein de doute ne trouve le bonheur ni dans ce monde, ni dans le prochain, ni en aucun autre. [41] Les actions n'entravent pas l'homme qui a renoncé à l'action par le discernement spirituel et tranché le doute par la connaissance, ô contempteur de la fortune. [42] C'est pourquoi, ô fils de Bharata, ayant, par le glaive de la connaissance spirituelle, tranché ce doute dont ton coeur est envahi, engage-toi dans l'accomplissement de l'action. Lève-toi ! »
Ainsi, dans l'UPANISHAD nommée la Sainte BHAGAVAD-GÎTÂ, dans la Science de l'Esprit Suprême, dans le livre de la Consécration, dans le colloque entre Krishna, le Saint Instructeur, et Arjuna, est exposé le quatrième chapitre intitulé :
LA CONSÉCRATION
PAR LA CONNAISSANCE SPIRITUELLE
CHAPITRE V
LA CONSÉCRATION
PAR LE RENONCEMENT À L'ACTION
ARJUNA :
[1] « Parfois tu loues, ô Krishna, le renoncement à l'action, et parfois son parfait accomplissement. Dis-moi avec certitude quel est des deux le meilleur ! »
KRISHNA :
[2] « Le renoncement à l'action et la consécration par l'action sont l'un et l'autre des moyens d'atteindre à l'émancipation finale, mais des deux la consécration par l'action est préférable au renoncement. [3] On considère comme ascètel'homme qui, libéré de l'influence des " paires des opposés " ne rejette et ne désire rien, ô toi aux bras puissants ; sans peine, il s'affranchit des chaînes forgées par l'action. [4] Les enfants seuls et non les sages parlent du renoncement à l'action et du juste accomplissement de l'action comme de deux choses différentes. Qui s'adonne absolument à l'un récolte les fruits des deux,[5] et l'état atteint par celui qui renonce à l'action est également acquis par celui qui pratique la consécration dans l'action. L'homme qui perçoit l'identité des doctrines du Sâmkhya et du Yoga voit clairement. [6] Mais il est difficile d'atteindre au véritable renoncement à l'action sans la pratique de la consécration par l'action, ô toi aux bras puissants, tandis que le fidèle engagé dans le juste accomplissement du devoir ne tarde pas à approcher de l'Esprit Suprême. [7] L'homme au cœur purifié, qui a complètement maîtrisé son corps et dominé ses sens, et pour qui le seul soi est le Soi de toutes les créatures, n'est point souillé même en accomplissant des actions. [8] Le fidèle qui connaît la vérité divine pense : " Je ne fais rien " , en voyant, entendant, touchant, sentant, mangeant, se mouvant, dormant et respirant ; [9] même en parlant, en abandonnant ou en prenant, en ouvrant ou fermant les yeux, il dit : " Les sens et les organes se portent par impulsion naturelle vers leurs objets appropriés " . [10] Quiconque dans l'action dédie ses œuvres à l'Esprit Suprême, en écartant tout intérêt égoïste dans leur résultat, n'est pas plus atteint par le péché que la feuille de lotus n'est affectée par l'eau. [11] Ceux qui sont véritablement consacrés purifient leur cœur en accomplissant les actions avec le corps, le mental, l'entendement et les sens, tout intérêt personnel ayant été écarté. [12] L'homme qui est consacré et qui n'est pas attaché au fruit de ses actions obtient la quiétude ; tandis que celui qui est attaché au fruit de l'action par le désir se trouve enchaîné par ce désir même . [13] Le sage au soi discipliné, qui a renoncé en son cœur à toute action, séjourne en paix dans " la cité aux neuf portes de sa demeure " , sans agir ni provoquer d'action .
[14] « Le Seigneur du monde ne crée ni la faculté d'agir, ni les actions, ni les relations entre l'action et ses fruits ; c'est la nature qui prévaut en elles. [15] Le Seigneur ne fait pas siennes les actions des hommes, qu'elles soient méritoires ou impies . La vérité est obscurcie par ce qui n'est pas la vérité, d'où l'égarement de toutes les créatures. [16] Mais en ceux dont l'ignorance a été dissipée par la connaissance du vrai Soi, le Suprême est révélé comme s'il était éclairé par le soleil. [17] Ceux dont les âmes reposent dans l'Esprit, qui y trouvent leur refuge, qui en font le seul objet de leurs pensées et sont purifiés de tout péché par la connaissance atteignent à l'état dont on ne revient pas.
[18] « Les sages illuminés considèrent avec égalité d'âme un Brâhmane éclairé et impersonnel, une vache, un éléphant, un chien et jusqu'à un paria qui mange la chair de chien. [19] Ceux qui conservent ainsi l'égalité d'âme gagnent le ciel même dans cette vie, car le Suprême est exempt de péché et toujours immuable ; c'est pourquoi ils reposent dans l'Esprit Suprême. [20] L'homme qui connaît l'Esprit Suprême, qui n'est pas abusé et qui s'attache à Lui, ne se réjouit pas des choses agréables et ne se lamente point en affrontant celles qui sont désagréables. [21] Celui dont le cœur est détaché des objets des sens trouve le bonheur en lui-même et, uni à l'Esprit Suprême par la consécration, il jouit d'une béatitude impérissable. [22] Les jouissances nées du contact des sens avec les objets extérieurs sont des matrices de douleur, vu qu'elles ont un commencement et une fin; le sage, ô fils de Kuntî, ne s'y complaît pas. [23] Est un fidèle consacré et béni celui qui arrive durant sa vie terrestre, avant que l'âme ne se soit libérée du corps, à résister aux impulsions nées du désir et de la colère. [24] L'homme qui est heureux en lui-même et illuminé intérieurement est un fidèle consacré ; participant de la nature de l'Esprit Suprême, il y est absorbé. [25] Des sages pareillement illuminés, dont les péchés sont épuisés, qui sont libérés de l'illusion, maîtres de leurs sens et de leurs organes et voués au bien de toutes les créatures parviennent à s'assimiler à l'Esprit Suprême . [26] L'assimilation à l'Esprit Suprême est des deux côtés de la mort pour les hommes libérés du désir et de la colère, qui sont tempérés, dont les pensées sont soumises et qui connaissent le Soi véritable.
[27] « L'anachorète qui isole son âme sereine de toute sensation de contact, qui fixe son regard entre les sourcils et fait passer son souffle par les deux narines avec régularité, dans l'inspiration comme dans l'expiration, [28] dont les sens et les organes, le cœur et la raison sont tenus sous contrôle, qui aspire uniquement à la libération et demeure constamment exempt de désir et de colère est affranchi de la naissance et de la mort, même dans cette vie. [29] Sachant que c'est moi le grand Seigneur de tous les mondes et l'ami de toutes les créatures, qui goûte le fruit de tous les sacrifices et de toutes les austérités, il m'atteindra et obtiendra la béatitude. »
Ainsi, dans l'UPANISHAD nommée la Sainte BHAGAVAD-GÎTÂ, dans la Science de l'Esprit Suprême, dans le livre de la Consécration, dans le colloque entre Krishna, le Saint Instructeur, et Arjuna, est exposé le quatrième chapitre intitulé :
LA CONSÉCRATION
PAR LE RENONCEMENT À L'ACTION
CHAPITRE VI
LA CONSÉCRATION
PAR LA MAÎTRISE DE SOI
KRISHNA :
[1] « Celui qui accomplit les actions nécessaires sans s'attacher à leurs fruits pratique à la fois le renoncement à l'action et la consécration par le juste accomplissement de l'action ; mais celui qui vit sans allumer le feu du sacrifice et sans accomplir les cérémonies ne peut être considéré comme tel. [2] Sache, ô Fils de Pându, que ce qu'on appelle Samnyâsa, ou renoncement à l'action, est pareil au Yoga, ou pratique de la consécration. Nul ne peut être consacré s'il n'a renoncé d'abord à toute intention . [3] Il est dit que l'action est la voie permettant au sage désireux d'accéder à la méditation d'y parvenir. Il est dit également que la cessation de l'action est la voie pour celui qui est arrivé à la méditation. [4] Lorsque l'homme a renoncé à toute intention, lorsqu'il est exempt de tout attachement à l'action en rapport avec les objets des sens, il est considéré comme ayant atteint à la méditation. [5] Il doit élever le soi par le Soi, sans jamais souffrir l'avilissement du Soi ; car le Soi est l'ami du soi, et également le soi est son propre ennemi . [6] Le Soi est l'ami de l'homme qui s'est maîtrisé; de même, le soi est hostile comme un ennemi à celui qui ne s'est pas dominé.[7] Le Soi de l'homme qui s'est dominé, qui est libéré du désir et de la colère, est attaché au Soi Suprême dans la chaleur et le froid, la souffrance et le plaisir, l'honneur et l'ignominie. [8] L'homme qui possède la connaissance spirituelle et le discernement, qui se tient imperturbable sur la hauteur et a vaincu les sens, pour qui la pierre et l'or sont d'égale valeur, cet homme est considéré comme consacré. [9] Est estimé entre tous celui qui garde une âme égale, parmi ses amis et compagnons ou au milieu d'ennemis, d'êtres hautains et indifférents, au milieu de ceux qui aiment ou qui haïssent ou dans ses relations avec des pécheurs ou des justes.
[10] « Celui qui a atteint à la méditation devrait s'efforcer constamment de se reposer dans le Suprême en restant dans la solitude et la retraite, en maîtrisant son corps et ses pensées, en ne possédant rien et en étant libéré de l'espérance. [11] Il devrait dresser son siège dans un lieu pur ; que ce siège soit solide, ni trop haut, ni trop bas et construit d'herbe kusha recouverte de peau et de toile . Là, pour la purification du soi, il devrait se livrer à la méditation, le mental concentré sur un point, en contrôlant les modifications du principe pensant et en restreignant l'activité de ses sens et de ses organes. [13] Le corps, la tête et le cou fermes et droits, l'esprit résolu , le regard fixé sur la pointe du nez, sans regarder dans aucune direction, [14] le cœur en paix et sans peur, ainsi le yogi devrait rester établi dans un vœu de brahmacharya, contrôlant ses pensées et le cœur fixé en moi. [15] Le fidèle au mental maîtrisé qui ainsi ramène constamment son cœur en repos dans le Suprême atteint cette sérénité : l'assimilation suprême en moi.
[16] « Cette discipline divine, ô Arjuna, ne peut être atteinte par l'homme qui mange plus qu'il n'est nécessaire, ou insuffisamment, ni par celui qui se livre trop au sommeil ou à des veilles prolongées. [17] La méditation qui abolit la souffrance est propre à l'homme modéré dans la nourriture et la récréation, dont les actions sont mesurées et dont le sommeil et la veille sont réglés. [18] Lorsque l'homme vivant ainsi fixe son cœur dans le Soi véritable et est exempt d'attachement à tout désir, il est considéré comme ayant atteint au Yoga. [20] On dit que le sage au cœur concentré, en repos et libre d'attachement aux désirs est " semblable à la lampe qui, abritée du vent, ne vacille pas " . Lorsque, discipliné par la pratique du Yoga, en repos et percevant le Soi par le soi, il est satisfait ; [21] lorsque, connaissant la béatitude illimitée qui est indépendante des objets des sens, il atteint l'état d'où rien ne peut le détacher de la réalité; [22] lorsqu'il a acquis ce qu'il considère comme supérieur à tout, et que, s'y trouvant établi, il ne peut en être délogé même par la plus grande souffrance, [23] sache que cette interruption du lien qui l'unit à la douleur est considérée comme Yoga, l'union spirituelle, ou consécration, pour laquelle l'homme doit lutter avec foi et constance.
[24] « L'homme atteint graduellement au repos lorsque, possédant la patience, il a abandonné tous les désirs qui surgissent de l'imagination et dominé par le mental les sens et les organes qui poussent à l'action dans toutes les directions. [25] Ayant fixé son mental en repos sur le vrai Soi, il ne devrait penser à rien d'autre. [26] Quel que soit l'objet vers lequel se dirige son mental inconstant, il devrait le subjuguer, le ramener et le placer sur l'Esprit. [27] Une béatitude suprême sera certainement la récompense du sage dont le mental est ainsi en paix, dont les passions et les désirs sont ainsi maîtrisés, qui est ainsi dans le Soi véritable et qui est libre de péché. [28] Celui qui est ainsi consacré et sans péché obtient sans difficulté la félicité la plus haute : l'union avec l'Esprit Suprême. [29] L'homme qui est pénétré de cette consécration et qui voit l'unité de toutes les choses perçoit l'Âme Suprême dans tout et tout dans l'Âme Suprême. [30] Celui qui me voit en toutes choses et voit toutes choses en moi ne se détache pas de moi et je ne l'abandonne point. [31] Et quiconque, croyant à l'unité spirituelle, m'honore, moi qui suis en toutes choses, demeure avec moi quelle que soit la condition dans laquelle il se trouve. [32] Celui, ô Arjuna, qui en raison de la similitude trouvée en lui-même ne voit qu'une seule essence en toutes choses, bonnes ou mauvaises, celui-là est considéré comme le fidèle consacré par excellence. »
ARJUNA :
[33] « Ô tueur de Madhu à cause de l'inconstance du mental, je ne puis voir aucune possibilité de persister fermement dans ce Yoga d'égalité d'âme que tu viens de décrire. [34] Car, en vérité, ô Krishna, le mental est turbulent, fort, obstiné et plein d'agitation. Je crois qu'il est aussi difficile à maîtriser que le vent. »
KRISHNA :
[35] « Sans aucun doute, ô toi aux bras puissants, le mental est agité et difficile à maîtriser ; mais il peut être maîtrisé, ô fils de Kuntî, par l'exercice et par le non-attachement au désir. [36] Cependant, cette discipline divine appelée Yoga est, selon mon opinion, très difficile pour qui n'a pas atteint à la domination de son âme ; mais elle peut être acquise par des moyens appropriés par celui qui s'y adonne assidûment et qui contrôle son cœur. »
ARJUNA :
[37] « Quel est le sort, ô Krishna, de celui qui, tout en ayant la foi, n'a pu atteindre la perfection dans la consécration, sa pensée insoumise l'éloignant de la discipline ? [38] Ô toi aux bras puissants, après être tombé des deux et s'être égaré de la voie de l'Esprit Suprême, cet homme est-il soumis à la destruction comme un nuage dispersé privé de support ? [39] Tu devrais, ô Krishna, m'éclairer et dissiper complètement ce doute, car nul autre ne pourrait l'arracher de mon cœur. »
[40] « Un tel homme, ô fils de Prithâ, ne peut périr ni dans ce monde, ni au-delà. Car celui qui fait le bien ne va jamais en un lieu néfaste. [41] L'homme dont la consécration a été interrompue par la mort va vers la région des justes , y reste pendant d'innombrables années, et puis renaît sur terre dans une famille pure et fortunée , [42] ou même dans une famille d'êtres spirituellement illuminés. Mais cette dernière renaissance terrestre est plus difficile à obtenir. [43] S'étant réincarné, il vient en contact avec la connaissance qui fut sienne dans l'incarnation précédente, et dès lors s'efforce plus assidûment vers la perfection, ô fils de Kuru, [44] car il est guidé, même à son insu, par son ancienne pratique et continue à œuvrer dans cette voie. Même s'il cherche seulement à s'informer, il ira au-delà de la lettre des Veda. [45] Mais le fidèle consacré qui, en luttant de toutes ses forces, obtient la perfection grâce à ses efforts continus au cours de plusieurs naissances parvient au but suprême. [46] L'homme de méditation, comme celui qui vient d'être décrit, est supérieur à l'homme de pénitence, à l'homme de savoir et également à l'homme d'action ; par conséquent, ô Arjuna, prends la résolution de devenir un homme de méditation. [47] Mais entre tous les fidèles consacrés, c'est celui qui m'honore d'un cœur invariablement fixé sur moi et plein de foi que je considère comme ayant atteint à la plus haute consécration. »
Ainsi, dans l'UPANISHAD nommée la Sainte BHAGAVAD-GÎTÂ, dans la Science de l'Esprit Suprême, dans le livre de la Consécration, dans le colloque entre Krishna, le Saint Instructeur, et Arjuna, est exposé le quatrième chapitre intitulé :
LA CONSÉCRATION
PAR LA MAÎTRISE DE SOI
CHAPITRES VIl
LA CONSÉCRATION
PAR LE DISCERNEMENT SPIRITUEL
KRISHNA :
[1] « Écoute, ô fils de Prithâ, comment tu me connaîtras complètement en concentrant ton cœur sur moi, en pratiquant la méditation et en cherchant en moi ton refuge. [2] Je veux t'enseigner toute cette connaissance ainsi que sa réalisation et, lorsque tu la posséderas, il ne te restera plus rien à apprendre.
[3] « Parmi des milliers de mortels, un seul peut-être s'efforce d'atteindre à la perfection et, parmi ceux qui ainsi s'efforcent, un seul peut-être me connaît tel que je suis. [4] La terre, l'eau, le feu, l'air et Akâsha, Manas, Buddhi et Ahamkâra constituent la division octuple de ma nature. [5] Elle est inférieure ; sache que ma nature supérieure est différente et qu'elle est le connaisseur ; par elle l'univers est maintenu ; [6] apprends que la création tout entière en sort également comme d'une matrice ; je suis la cause, la production et la dissolution de tout l'univers. [7] Nul n'est supérieur à moi, ô conquérant de la fortune, et toutes les choses sont suspendues à moi comme des gemmes précieuses à un fil. [8] Je suis, ô fils de Kuntî, la saveur dans l'eau, la lumière dans le soleil et dans la lune, la syllabe mystique OM dans tous les Veda, le son dans l'espace, l'essence masculine dans l'homme, [9] la senteur suave dans la terre et la clarté dans le feu. Je suis la vie dans toutes les créatures et, en ceux dont le mental est fixé sur l'Esprit, je suis la faculté de concentration. [10] Sache, ô fils de Prithâ, que je suis le germe éternel de toutes les créatures. Je suis la sagesse du sage et la force du fort. [11] Je suis la puissance des puissants qui, dans l'action, sont libérés du désir et de la convoitise ; dans toutes les créatures, je suis le désir discipliné par la loi morale. [12] Sache aussi que les dispositions naturelles résultant des trois qualités, sattva, rajas et tamas, proviennent de moi ; elles sont en moi, mais je ne suis pas en elles. [13] Le monde entier, induit en erreur par ces dispositions nées des trois qualités, ne me reconnaît pas comme distinct de ces qualités, suprême et impérissable. [14] Car ma puissance divine illusoire, agissant par les qualités naturelles, est difficile à dominer ; et ne peuvent la dominer que ceux qui ont exclusivement recours à moi. [15] Les méchants parmi les hommes, les abusés et les âmes basses qui, par cette illusion, sont privés de discernement spirituel et tendent vers les dispositions démoniaques, n'ont pas recours à moi.
[16] « Quatre classes d'hommes qui pratiquent le bien m'honorent, ô Arjuna : les affligés, ceux qui cherchent la vérité, ceux qui désirent les possessions et les sages, ô fils de Bharata. [17] Entre tous, le meilleur est celui qui possède la connaissance spirituelle et qui m'est toujours consacré. Je suis particulièrement cher au sage et lui aussi m'est cher. [18] En vérité, tous sont excellents, mais celui qui possède la sagesse spirituelle est véritablement moi-même car, le cœur en paix, il poursuit la route qui conduit au plus haut sentier, qui est aussi moi-même. [19] Après de multiples naissances, l'homme possédant la sagesse spirituelle me découvre sous l'aspect de Vâsudeva qui est toute chose ; en vérité, il est difficile de rencontrer un tel être à l'âme si grande . [20] Ceux qui, par la diversité de leurs désirs, sont privés de sagesse spirituelle adoptent des rites particuliers subordonnés à leur propre nature et adorent d'autres Dieux. [21] Quelle que soit la forme d'adoration choisie avec foi par un homme plein de dévotion, c'est moi seul qui lui en inspire la pratique constante ; [22] confiant dans cette foi, il recherche la faveur de ce Dieu et atteint l'objet de ses vœux selon mes seuls décrets. [23] Mais la récompense de ces hommes bornés n'est que temporaire. Ceux qui adorent les Dieux vont aux Dieux et ceux qui m'adorent viennent à moi. [24] Les ignorants ne réalisant pas ma condition souveraine qui est supérieure à toutes choses et inaltérable pensent que je peux exister sous une forme visible, moi qui suis non manifesté. [25] Enveloppé par mon illusion magique, je ne suis pas visible au monde ; et c'est pourquoi le monde ne me reconnaît pas, moi, le non-né et l'inépuisable. [26] Je connais, ô Arjuna, toutes les créatures qui ont existé, qui existent présentement, ainsi que toutes celles qui existeront dans l'avenir, mais nul ne me connaît. [27] Au moment de la naissance, ô fils de Bharata, tous les êtres tombent dans l'erreur en raison de l'illusion des opposés née de l'attraction et de l'aversion, ô persécuteur de tes ennemis. [28] Mais les hommes qui mènent une vie droite, dont les péchés sont épuisés, qui se sont libérés de l'illusion des paires des opposés et restent fermement établis dans la foi, m'honorent avec dévotion. [28] Ceux qui placent leur confiance en moi et luttent pour l'affranchissement de la naissance et de la mort, connaissent Brahman, Adhyâtma entier et tout karma. [30] Ceux qui se reposent en moi, sachant que je suis l'Adhibhûta, l'Adhidaivata et l'Adhiyajña, me connaissent pareillement à l'heure de la mort. »
Ainsi, dans l'UPANISHAD nommée la Sainte BHAGAVAD-GÎTÂ, dans la Science de l'Esprit Suprême, dans le livre de la Consécration, dans le colloque entre Krishna, le Saint Instructeur, et Arjuna, est exposé le septième chapitre intitulé :
LA CONSÉCRATION
PAR LE DISCERNEMENT SPIRITUEL
CHAPITRE VIII
LA CONSÉCRATION
À L'ESPRIT OMNIPRÉSENT APPELÉ OM
ARJUNA :
[1] «Qu'est donc ce Brahman, que sont Adhyâtma et karma, ô le meilleur des hommes Que sont aussi l'Adhibhûta et l'Adhidaivata ? [2] Qui est l'Adhiyajña ici dans ce corps, et comment s'y trouve-t-il, ô tueur de Madhu ? Dis-moi aussi comment les hommes fixés dans la méditation sont amenés à te connaître à l'heure de la mort ? »
KRISHNA :
[3] « Brahman le Suprême est l'inépuisable. Adhyâtma est le nom de mon être se manifestant comme le Soi individuel. Karma est l'émanation qui est la cause de l'existence et de la reproduction des créatures. [4] L'Adhibhûta est l'Esprit Suprême qui réside dans toute la nature élémentale par le pouvoir mystérieux de l'illusion de la nature. L'Adhidaivata est le Purusha, la Personne Spirituelle, et l'Adhiyajña c'est moi incarné dans ce corps, ô le meilleur d'entre les hommes incarnés. [5] Quiconque à l'heure de la mort abandonne le corps, l'esprit concentré sur moi par la méditation, vient à moi, sans aucun doute. [6] Celui qui, à la suite d'une méditation constante sur une forme particulière, quelle qu'elle soit, pense à cette forme au moment de quitter son corps mortel, c'est à elle qu'il s'unit, ô fils de Kuntî. [7] C'est pourquoi, en tout temps, ne médite que sur moi et lutte. En fixant en moi seul ton mental et le pouvoir de Buddhi, tu viendras indubitablement à moi. [8] L'homme dont le cœur demeure en moi seul, sans s'égarer sur d'autres objets, arrivera aussi à l'Esprit Suprême en méditant sur cet Esprit Suprême, ô fils de Prithâ. [9] Quiconque médite sur l'Omniscient qui est sans commencement, le Souverain Suprême, plus infime que l'atome, le Soutien de tout, à la forme incompréhensible, brillant comme le soleil au-delà des ténèbres, [10] s'il médite ainsi, avec un mental inébranlable, en s'identifiant à la consécration, en concentrant le pouvoir de sa méditation à l'heure de la mort, ses forces vitales étant placées entre les sourcils, il atteint à ce Divin Esprit Suprême.
[11] « Je te ferai maintenant connaître le sentier appelé indestructible par les hommes instruits dans les Veda ; c'est le sentier dans lequel s'engagent ceux qui sont libérés des attachements et que suivent les hommes désireux de mener la vie de brahmacharya , en œuvrant pour le salut. [12] Celui qui ferme toutes les portes de ses sens, qui emprisonne son mental dans son cœur, qui concentre ses pouvoirs vitaux dans sa tête et, fermement fixé dans la méditation, [13] en répétant la monosyllabe OM, persiste ainsi au moment de quitter le corps, celui-là va au but suprême. [14] Celui qui médite sur moi constamment et durant toute sa vie, le cœur indifférent à tout autre objet, m'atteindra sûrement, ô fils de Prithâ. [15] Les êtres à l'âme grande qui ont ainsi atteint la perfection suprême viennent à moi et n'encourent plus le tourbillon rapide des renaissances, lieux de tourments et de souffrances.
[16] « Tous les mondes jusqu'à celui de Brahmâ sont soumis à des renaissances répétées, mais les êtres qui m'atteignent ne renaîtront plus, ô fils de Kuntî. [17] Ceux qui connaissent le jour et la nuit savent que le jour de Brahmâ comprend un millier de révolutions de yuga et que sa nuit s'étend aussi sur un autre millénaire. [18] À l'approche de ce jour, toutes les choses émanent du non-manifesté et se manifestent et, à l'approche de la nuit, s'absorbent à nouveau dans le non-manifesté. [19] Cet ensemble de choses existantes étant ainsi apparu est dissous à l'approche de la nuit, ô fils de Prithâ, et émane de nouveau spontanément à la venue du jour. [20] Il existe cependant ce qui n'est jamais détruit lors de la dissolution de toutes choses ; cela est indivisible, indestructible et d'une nature différente de celle du visible. [21] Ce qu'on désigne comme le non-manifesté et l'inépuisable est appelé le but suprême ; ceux qui l'ont atteint ne reviennent jamais : c'est ma demeure suprême. [22] Ce suprême, ô fils de Prithâ, qui englobe toutes les créatures et par qui tout est pénétré, peut être atteint par une consécration qui lui est exclusivement dédiée.
[23] « Je vais maintenant te déclarer, ô le meilleur des Bharata, quel est le moment où le Yogi mourant obtient la libération ou l'assujettissement à la renaissance. [24] Arrivent au Suprême ceux qui, connaissant l'Esprit Suprême, s'en vont dans le feu, la lumière, le jour, la quinzaine de la lune croissante et les six mois du cours septentrional du soleil. [25] Renaissent sur terre, après un séjour dans les régions lunaires, ceux qui partent dans la fumée, durant la nuit, la quinzaine du déclin de la lune et le cours méridional du soleil. [26] La lumière et les ténèbres sont les deux voies éternelles du monde ; par l'une l'homme s'en va pour ne plus revenir, par l'autre il revient sur terre. [27] Le fidèle consacré qui connaît ces deux sentiers, ô fils de Prithâ, n'est jamais égaré. Par conséquent, ô Arjuna, sois toujours fixé dans la consécration .
[28] « L'homme de méditation qui possède toute cette connaissance atteint au-delà des récompenses promises dans les Veda, ou de celles qui résultent des sacrifices, des austérités ou des aumônes et va au lieu suprême, le lieu le plus haut. »
Ainsi, dans l'UPANISHAD nommée la Sainte BHAGAVAD-GÎTÂ, dans la Science de l'Esprit Suprême, dans le livre de la Consécration, dans le colloque entre Krishna, le Saint Instructeur, et Arjuna, est exposé le huitième chapitre intitulé :
LA CONSÉCRATION
À L'ESPRIT OMNIPRÉSENT APPELÉ OM
CHAPITRE IX
LA CONSÉCRATION
PAR LA SCIENCE ROYALE
ET LE SOUVERAIN MYSTÈRE
KRISHNA :
[1] « À toi qui écoutes sans esprit de critique, je vais maintenant révéler la connaissance la plus mystérieuse, en lui associant un aspect de sa réalisation et, lorsque tu l'auras connue, tu seras délivré du mal. [2] Cette connaissance est la science royale, le souverain mystère, le purificateur par excellence ; elle est clairement compréhensible, conforme à la loi sacrée, facile à mettre en pratique et inépuisable. [3] Ceux qui ne croient pas à cette vérité, ô persécuteur de tes ennemis, ne me trouvent pas ; attachés à la roue de la renaissance, ils retournent dans ce monde, demeure de mort.
[4] « C'est sous ma forme invisible que tout cet univers est pénétré par moi ; toutes les choses existent en moi, mais je n'existe pas en elles. [5] Cependant, toutes les choses ne sont pas en moi. Pénètre mon divin mystère : je suis moi-même la cause de l'existence des choses et je les supporte toutes, mais cependant je ne demeure pas en elles. [6] Comprends que toutes les choses sont en moi comme est dans l'espace l'air puissant qui circule partout. [7] Ô fils de Kuntî, à la fin d'un kalpa, toutes les choses retournent dans ma nature, et de nouveau, au début d'un autre kalpa, je cause leur nouvelle apparition. [8] En prenant le contrôle de ma propre nature, je fais naître inlassablement tout cet assemblage d'êtres sans l'intervention de leur volonté, par le seul pouvoir de l'essence matérielle . [9] Ces oeuvres ne m'enchaînent pas, ô conquérant de la fortune, car je suis pareil à celui qui reste indifférent, sans attacher d'intérêt à ces œuvres. [10] Sous ma direction, la nature produit l'univers animé et inanimé ; c'est par ce processus, ô fils de Kuntî, que sont causées les révolutions de l'univers.
[11] « Les hommes abusés, étrangers à ma véritable nature, celle du Seigneur de toutes choses, me méprisent dans la forme humaine. [12] Leurs espoirs sont vains, ils sont égarés dans l'action, la raison et la connaissance et tendent vers des principes démoniaques et trompeurs . [13] Mais ceux dont l'âme est grande, et qui participent de la nature divine, m'honorent sans jamais se laisser distraire, sachant que je suis le principe impérissable de toute chose. [14] Fermes dans des voeux inviolables, ils m'honorent, me proclamant partout et s'inclinant devant moi. [15] D'autres, par le sacrifice de la connaissance, m'honorent de façons diverses, en tant qu'indivisible, en tant que divisible, ou comme Esprit de l'univers. [16] Je suis le sacrifice et le rite sacrificiel ; je suis la libation offerte aux ancêtres et je suis les épices ; je suis la formule sacrée et le feu ; je suis la nourriture et le beurre sacrificiel ; [17] je suis le père et la mère de cet univers, le procréateur originel et le préservateur ; je suis le Saint, l'objet de la connaissance, la syllabe mystique purificatrice OM, le Rig, le Sâman, le Yajur et tous les Veda. [18] Je suis le but, le Consolateur, le Seigneur, le Témoin, le lieu de repos, l'asile et l'Ami ; je suis l'origine et la dissolution, le réceptacle, le dépôt et l'éternelle semence. [19] Je produis la lumière, la chaleur et la pluie ; j'émets et absorbe tour à tour ; je suis la mort et l'immortalité ; je suis la cause invisible et l'effet visible. [20] Ceux qui sont éclairés dans les trois Veda, en m'offrant des sacrifices et se sanctifiant en buvant du jus de Soma , me sollicitent pour obtenir l'accès du ciel ; ils atteignent ainsi la région d'Indra le prince des êtres célestes, et là se repaissent de nourriture céleste et participent à la divine félicité. [21] Ayant joui du vaste ciel pendant une période proportionnée à leurs mérites, ils retombent dans ce monde mortel et renaissent dès que la somme de leurs mérites est épuisée ; ainsi ceux qui aspirent à l'accomplissement de leurs désirs en suivant les Veda obtiennent un bonheur transitoire. [22] Mais pour ceux qui m'honorent constamment et me considèrent comme identique à tout, je porte le fardeau de la responsabilité de leur bonheur. [23] Et même ceux qui, fermes dans leur foi, adorent d'autres Dieux, par là-même ils m'honorent aussi involontairement, ô fils de Kuntî, bien qu'ils soient dans l'ignorance. [24] Je suis le Seigneur de tous les sacrifices et celui qui en jouit, mais ils ne me comprennent pas en vérité, et pour cette incompréhension ils tombent du ciel. [25] Ceux qui se vouent aux Dieux vont aux Dieux ; les adorateurs des pitri vont aux pitri ; ceux qui adorent les mauvais esprits vont à eux et mes adorateurs viennent à moi. [26] J'accepte en me réjouissant les offrandes de l'âme humble qui, dans son adoration, m'offre d'un cœur pur une feuille, une fleur, un fruit, ou de l'eau claire. [27] Quoi que tu fasses, ô fils de Kuntî, tu manges ou tu sacrifies, quoi que tu donnes, quelle que soit ta mortification, fais m'en offrande. [28] Ainsi tu seras délivré des expériences heureuses et malheureuses qui sont les liens de l'action ; le cœur attaché au renoncement et à la pratique de l'action, tu parviendras à moi. [29] Je suis le même pour toutes les créatures ; je ne connais ni haine, ni préférence ; mais ceux qui me servent avec amour demeurent en moi et moi en eux. [30] Même l'homme le plus égaré, s'il me vénère avec une consécration exclusive, doit être considéré comme juste, car il a bien jugé. [31] L'âme d'un tel homme devient bientôt vertueuse et obtient le bonheur perpétuel. Je jure, ô fils de Kuntî, que celui qui m'honore ne périt jamais. [32] Même ceux qui seraient nés de la matrice du péché, les femmes les Vaishya et les Shûdra , s'ils prennent refuge en moi, suivront le sentier le plus haut. [33] Combien plus sûrement encore les saints Brâhmanes et les fidèles de race royale ! Ayant obtenu ce monde limité et privé de joies, honore-moi. [34] Sers-moi, fixe ton cœur et ton mental sur moi, sois mon serviteur, mon adorateur, prosterne-toi devant moi et ainsi, uni à moi, en repos, tu viendras à moi. »
Ainsi, dans l'UPANISHAD nommée la Sainte BHAGAVAD-GÎTÂ, dans la Science de l'Esprit Suprême, dans le livre de la Consécration, dans le colloque entre Krishna, le Saint Instructeur, et Arjuna, est exposé le neuvième chapitre intitulé :
LA CONSÉCRATION
PAR LA SCIENCE ROYALE
ET LE SOUVERAIN MYSTÈRE
CHAPITRES X --
LA CONSÉCRATION
PAR LES PERFECTIONS DIVINES
UNIVERSELLES
KRISHNA :
[1] « Écoute encore, ô toi aux bras puissants, les paroles suprêmes que je prononcerai pour toi, le satisfait, car je suis très désireux de ton bonheur.
[2] « Ni l'assemblée des Dieux, ni les Rois-Adeptes ne connaissent mon origine, car je suis l'origine de tous les Dieux et de tous les Adeptes. [3] Quiconque me connaît comme le puissant Souverain de l'univers, sans naissance et sans commencement, celui-là parmi les hommes n'est pas égaré et sera libéré de tous ses péchés. [4] La perception subtile, la connaissance spirituelle, le jugement correct, la patience, la vérité, la maîtrise de soi, le plaisir et la douleur, la prospérité et l'adversité, la naissance et la mort, la peur et l'intrépidité, [5] la non-violence, l'égalité d'âme, la satisfaction, la domination du corps et du mental, la charité, le zèle, la gloire et l'ignominie, toutes ces dispositions variées des créatures procèdent de moi. [6] Ainsi jadis sont nés de mon mental les sept grands Sages et les quatre Manu qui participent de ma nature, et c'est d'eux qu'a surgi ce monde. [7] Celui qui connaît parfaitement ma permanence et ma faculté mystique arrive infailliblement à posséder une foi inébranlable. [8] Je suis l'origine de tout : toute chose procède de moi ; me sachant tel, les sages doués de sagesse spirituelle m'honorent ; [9] l'essence de leur cœur et de leurs pensées est en moi ; s'éclairant mutuellement et s'entretenant constamment de moi, ils sont parfaitement heureux et satisfaits. [10] À ceux qui m'honorent avec amour et dévotion constante j'accorde cette consécration mentale par laquelle ils viennent jusqu'à moi. [11] Pour eux, mû de compassion et me tenant dans leur cœur, je détruis avec la lampe brillante du discernement spirituel les ténèbres qui proviennent de l'ignorance. »
ARJUNA :
[12] « Tu es Parabrahm , la -demeure suprême, la grande Purification ; tu es la Présence Éternelle, l'Être Divin, précédant tous les autres Dieux, saint, primordial, omniprésent, sans commencement ! [13] C'est ainsi que t'ont défini tous les Sages — Nârada, Asita, Dévala, Vyâsa — et voilà que maintenant tu le dis toi-même. [14] Je crois fermement, ô Keshava, à tout ce que tu me dis ; car ni les Dieux, ni les Démons ne comprennent tes manifestations. [15] Toi seul te connais par ton Soi, Esprit Suprême, Créateur et Maître de tout ce qui vit, Dieu des Dieux, et Seigneur de tout l'univers ! [16] Toi seul peux énoncer intégralement les pouvoirs divins dont tu as pénétré et continues de pénétrer ces mondes. [17] La pensée concentrée sur toi, comment pourrai-je te connaître, ô Seigneur mystérieux ? Sous quelles formes particulières méditerai-je sur toi ? [18] Ô Janardana — sollicité par les mortels — explique-moi donc en détail tes propres pouvoirs et formes de manifestations, car je ne suis jamais rassasié de boire l'eau vivifiante de tes paroles. »
KRISHNA :
[19] « Bénédictions sur toi , ô le meilleur des Kuru ! Je vais te révéler les principales d'entre mes manifestations divines, car l'étendue de ma nature est infinie.
[20] « Je suis l'Ego qui réside dans le cœur de tous les êtres ; je suis le commencement, le milieu et la fin de toutes les choses existantes. [21] Parmi les Aditya je suis Vishnou, et le soleil parmi les corps lumineux. Je suis Marichi parmi les Marut et la lune parmi les demeures célestes. [22] Parmi les Veda, je suis le Sâmaveda et Indra parmi les Dieux ; parmi les sens et les organes je suis le Manas , et des créatures je suis l'existence. [23] Je suis Shankara parmi les Rudra ; et Vittesha, le Seigneur des richesses, parmi les Yaksha et les Rakshasa Je suis Pavaka parmi les Vasu et Meru parmi les montagnes élancées vers les hauteurs sublimes. [24] Sache, ô fils de Prithâ, que je suis Brihaspati le chef des instructeurs ; parmi les guides des armées célestes je suis Skanda, et parmi les flots je suis l'océan. [25] Parmi les Rois-Adeptes je suis Bhrigu ; des mots je suis la monosyllabe OM ; des cultes variés je suis la répétition silencieuse des textes sacrés, et parmi les choses immuables je suis l'Himâlaya. [26] De tous les arbres de la forêt je suis Ashvattha, l'arbre Pimpala ; et parmi les Sages du ciel, Nârada; parmi les Gandharva je suis Chitraratha et Kapila parmi les Saints parfaits. [27] Sache que parmi les chevaux je suis Uchchaishravas surgi de l'océan avec l'Amrita ; parmi les éléphants je suis Airâvata et parmi les hommes leur souverain. [28] Des armes je suis la foudre ; des vaches je suis Kâmadhuk, la vache d'abondance ; des procréateurs le Dieu de l'amour, et des serpents Vâsuki, leur chef. [29] Je suis Ananta parmi les Nâga , Varuna parmi les choses aquatiques ; Aryama parmi les ancêtres et Yama parmi les juges. [30] Je suis Prahlâda parmi les Daitya, et parmi les computations le Temps même ; je suis le lion parmi les animaux et Garuda parmi la tribu ailée. [31] Des purificateurs je suis Pavana, l'air, Râma parmi ceux qui portent les armes, Makara parmi les poissons, et le Gange parmi les fleuves. [32] Parmi tout ce qui est évolué, ô Arjuna, je suis le commencement, le milieu et la fin ; de toutes les Sciences je suis la connaissance d'Adhyâtma et des sons articulés le langage humain. [33] Je suis la voyelle A parmi les lettres et des mots composés je suis le dvandva ; je suis le temps infini lui-même et le Préservateur dont la face est tournée de tous côtés. [34] Je suis la mort qui dévore tout et la naissance des êtres futurs ; parmi les choses féminines je suis la renommée, la fortune, la parole, la mémoire, l'intelligence, la fermeté et la patience. [35] Parmi les hymnes du Sâmaveda je suis le Brihat Sâman, et la Gâyatrî parmi les mètres poétiques ; parmi les mois je suis le mois de Mârgashirsha et des saisons le printemps, nommé Kusumâkara, l'époque des fleurs. [36] Parmi les choses trompeuses je suis le dé, et la splendeur elle-même parmi les choses splendides. Je suis la victoire, je suis la persévérance et la bonté des bons. [37] De la race de Vrishni je suis Vâsudeva; des Pândava je suis Arjuna, le conquérant de la fortune ; des saints parfaits je suis Vyâsa et des prophètes voyants le barde Ushanas. [38] Parmi les choses qui maintiennent l'ordre, je suis la verge du châtiment, la conduite habile parmi ceux qui aspirent aux conquêtes, et parmi les sages au savoir secret, je suis leur silence. [39] Je suis, ô Arjuna, la semence de toutes les choses existantes, et il n'y a rien, tant animé qu'inanimé, qui soit exempt de moi. [40] Mes manifestations divines sont infinies, ô persécuteur de tes ennemis ; toutes celles que je viens de mentionner n'en sont que des exemples. [41] Sache que toute créature permanente, favorisée du sort ou puissante, est issue également d'une fraction de mon énergie. [42] Mais qu'as-tu à faire, ô Arjuna, de tant de connaissances ? J'ai établi cet univers entier avec une seule fraction de moi-même et je reste inchangé. »
Ainsi, dans l'UPANISHAD nommée la Sainte BHAGAVAD-GÎTÂ, dans la Science de l'Esprit Suprême, dans le livre de la Consécration, dans le colloque entre Krishna, le Saint Instructeur, et Arjuna, est exposé le dixième chapitre intitulé :
LA CONSÉCRATION
PAR LES PERFECTIONS DIVINES
UNIVERSELLES
CHAPITRE XI
VISION DE LA FORME DIVINE
INCLUANT TOUTES LES FORMES
ARJUNA :
[1] « Mon erreur a été dissipée par les paroles que tu as prononcées pour la paix de mon âme sur le mystère d'Adhyâtma, l'esprit. [2] Car je viens de t'entendre exposer avec détail, ô toi aux yeux pareils aux feuilles de lotus, l'origine et la dissolution des choses existantes, ainsi que ton inépuisable majesté. [3] Tout est bien comme tu l'as décrit toi-même, ô Seigneur puissant ; je désire maintenant, ô Seigneur souverain, voir ta forme divine. [4] Montre-moi donc, ô Seigneur, ton Soi inépuisable, si tu penses que je puisse le contempler, ô maître de la Consécration. »
KRISHNA :
[5] « Vois, ô fils de Prithâ, par centaines et par milliers mes multiples formes divines, d'espèces et de genres variés. [6] Contemple les Âditya, les Vasu, les Rudra, les Ashvin, et les Marut ; regarde des choses merveilleuses encore jamais vues, ô fils de Bharata. [7] Vois maintenant, ô Gudâkesha, tout l'univers animé et inanimé rassemblé en une unité ici dans mon corps, et tout ce que tu pourrais encore désirer voir. [8] Mais comme tu es incapable de me voir avec tes yeux naturels, je vais te donner l'œil divin. Contemple ma puissance et ma force souveraines ! »
SAMJAYA :
[9] Ô roi, ayant ainsi parlé, Hari le Seigneur puissant au pouvoir mystérieux fit voir au fils de Prithâ sa forme suprême et divine, [10] dont la face est tournée dans toutes les directions, avec des bouches et des yeux nombreux et maintes apparences merveilleuses ; [11] avec de multiples ornements divins et de nombreuses armes célestes brandies ; orné de guirlandes et de robes célestes, oint d'onguents et de parfums célestes réunissant toutes les choses merveilleuses. [12] La gloire et la splendeur étonnantes de cet Être puissant pourraient être comparées au rayonnement émis par un millier de soleils s'élevant ensemble dans les cieux. [13] Alors, le fils de Pându contempla dans le corps du Dieu des Dieux l'univers entier dans toute sa vaste variété. [14] Écrasé d'émerveillement, Dhanamjaya , le possesseur de l'opulence, les cheveux dressés, courba la tête devant la Déité, et ainsi, les mains jointes, s'adressa à lui :
ARJUNA :
[15] « Ô Dieu des Dieux, je vois dans ton corps tous les êtres et des choses de toutes sortes ; le Seigneur Brahmâ sur son trône de lotus, tous les Rishi et les serpents célestes . [16] Je te vois de toutes parts sous des formes infinies avec des bras, des ventres, des bouches, et des yeux sans nombre. Mais je ne puis découvrir ni ton commencement, ni ton milieu, ni ta fin, ô Seigneur universel, forme de l'univers. [17] Je te vois couronné d'un diadème et armé de la massue et du chakra , comme une montagne de splendeur, dardant la lumière de tous côtés ; difficile à contempler, resplendissant dans toutes les directions d'une lumière incommensurable, pareil au feu qui brûle ou au soleil incandescent. [18] Tu es l'Être suprême, inépuisable, le but de l'effort, l'immuable, l'Esprit suprême de cet univers, le gardien infaillible de l'éternelle loi ; je pense que tu es Purusha ; [19] je te vois, sans commencement, sans milieu et sans fin, d'une puissance infinie, aux bras innombrables ; tes yeux sont le soleil et la lune, ta bouche un feu flamboyant, je te vois dominant tout l'univers de ta majesté. [20] L'espace, le ciel, la terre et tous les points autour des trois régions de l'univers sont remplis de toi seul. Le triple monde frémit de peur, ô Esprit puissant, en voyant ta forme merveilleusement terrible. [21] Parmi les Dieux assemblés, j'en vois certains qui volent se réfugier vers toi tandis que d'autres, remplis de crainte, les mains jointes, chantent tes louanges ; les légions des Mahârshi et des Siddha, les grands sages et les saints t'honorent par le cri de « Svasti » et te glorifient en chantant des hymnes merveilleux. [22] Les Rudra, les Âditya, les Vasu et tous ces êtres — les Sâdhya, les Vishva, les Ashvin, les Marut et les Ushmapa, les cohortes des Gandharva, les Yaksha et les Siddha — tous sont là, les yeux fixés sur toi, ravis d'étonnement. [23] Ô toi aux bras puissants, tous les mondes et moi-même sommes terrifiés de voir ta forme étonnante et gigantesque, aux bouches, aux yeux, aux bras, cuisses, pieds et ventres multiples et aux défenses saillantes. [24] Car, en te voyant ainsi touchant le firmament, resplendissant d'une telle gloire, avec des bouches largement ouvertes, des yeux immenses et resplendissants, mon âme la plus secrète est troublée, et je perds à la fois, ô Vishnou, mon assurance et ma sérénité. [25] En contemplant tes dents effroyables et ta face semblable aux flammes consumantes de la mort, je ne puis voir ni le ciel ni la terre ; je ne trouve pas de paix : aie pitié de moi, ô Seigneur des Dieux, Esprit de l'univers ! [26] Les fils de Dhritarâshtra avec tous ces conducteurs d'hommes, Bhîshma, Drona, Karna et nos principaux guerriers, [27] semblent se précipiter impétueusement d'eux-mêmes dans tes bouches effroyables armées de crocs ; j'en vois qui sont saisis entre tes dents, la tête broyée. [28] Tels les courants rapides des fleuves débordants se précipitent à la rencontre de l'océan, ainsi ces héros de la race humaine se précipitent dans tes bouches enflammées. [29] Tels des essaims d'insectes entraînés par un mouvement irrésistible trouvent la mort dans le feu, ainsi ces êtres se précipitent éperdument dans tes bouches pour leur propre destruction. [30] Tu enveloppes et engloutis toutes ces créatures de toutes parts, les léchant de tes lèvres en flammes ; remplissant l'univers de ta splendeur, tes rayons perçants brûlent, ô Vishnou ! [31] Hommage à toi, ô le meilleur des Dieux ! Sois propice ! J'aspire à te connaître, l'Un Primordial, car je ne connais pas tes voies. »
KRISHNA :
[32] « Je suis le Temps venu à maturité, manifesté ici-bas pour la destruction de ces créatures ; à l'exception de toi, pas un de tous ces guerriers ici alignés en rangs serrés ne survivra. [33] Donc lève-toi ! Saisis la gloire ! Défais l'ennemi et jouis de l'empire dans sa plénitude ! Ces guerriers ont déjà été tués par moi ; sois seulement l'agent immédiat, ô toi dont les deux bras sont armés . [34] Ne sois pas troublé. Tue Drona, Bhîshma, Jayadratha, Karna, et tous les autres héros de la guerre, qui, en vérité, sont déjà abattus par moi. Combats, tu triompheras de tous tes ennemis. »
SAMJAYA :
[35] Quand Arjuna au diadème resplendissant entendit ces mots de la bouche de Keshava , il salua Krishna, les mains jointes; tremblant de peur et s'inclinant terrifié devant lui, il prononça d'une voix brisée les paroles suivantes :
ARJUNA :
[36] « C'est avec raison, ô Hrishikesha , que l'univers est rempli de zèle pour ton service et se réjouit de ta gloire ; effrayés, les mauvais esprits fuient de tous côtés tandis que les cohortes des saints se prosternent en adoration devant toi. [37] Et comment ne t'adoreraient-ils pas, ô Être puissant, toi qui es plus grand que Brahmâ, toi le premier Créateur ? Ô éternel Dieu des Dieux ! Ô demeure de l'univers ! Tu es l'être et le non-être, un et indivisible, ce qui est suprême. [38] Tu es le premier des Dieux, l'Esprit le plus ancien ; tu es le suprême et ultime réceptacle de cet univers ; tu es le Connaisseur, ce qui doit être connu et la demeure suprême ; c'est toi qui es la cause de l'émanation de cet univers, ô toi à la forme infinie. [39] Tu es Vâyu, Dieu du vent, Agni, Dieu du feu, Yama, Dieu de la mort, Varuna, Dieu des eaux ; tu es la lune ; tu es Prajâpati, le progéniteur et l'aïeul. Gloire ! Gloire à toi ! Mille fois gloire à toi ! Gloire à toi toujours et toujours ! Gloire à toi ! [40] Gloire à toi par devant ! Gloire à toi par derrière ! Gloire à toi de toutes parts, ô toi le Tout ! Infinies sont ta force et ta puissance ; tu embrasses toute chose, donc tu es toute chose !
[41] « Ayant ignoré ta majesté, je t'ai pris pour un ami et t'ai appelé : " Ô Krishna, ô fils de Yadu, ô ami ", et, aveuglé par mon affection et ma présomption, [42] je t'ai parfois traité irrespectueusement au cours des jeux, des loisirs, du repos, en ton siège, et pendant tes repas, en privé et en public ; je t'adjure, ô Être inconcevable, de me pardonner tout cela.
[43] « Tu es le père de toutes les choses animées et inanimées ; tu dois être honoré au-dessus du Guru lui-même et tu es digne d'être adoré ; nul ne t'égale et nul dans les triples mondes ne pourrait t'être supérieur, ô toi à la puissance sans rivale ! [44] Je m'incline donc profondément et, le corps prosterné, j'implore, ô Seigneur, ta miséricorde. Pardonne, ô Seigneur, comme l'ami pardonne à l'ami, le père au fils, l'amant à la bien-aimée. [45] Je suis heureux d'avoir pu contempler ce qui jamais encore n'avait été vu, et cependant mon cœur est accablé d'effroi ; aie donc pitié, ô Dieu, montre-moi ton autre forme, ô toi, demeure de l'univers ; [46] je désire te voir comme par le passé, la tête ceinte de ton diadème, les mains armées de la massue et du chakra ; ô toi aux mille bras et à la forme universelle, reprends ta forme à quatre bras . »
KRISHNA :
« Par bonté pour toi, ô Arjuna, je t'ai montré par mon pouvoir divin ma forme suprême, l'univers resplendissant, infini, primordial qui n'a jamais été contemplé par un autre que toi. [48] Ni par l'étude des Veda, ni par la charité, ni par les rites sacrificiels, ni par les actes, ni par les mortifications les plus rigoureuses de la chair, je ne puis être vu sous cette forme par un autre que toi, ô le meilleur des Kuru. [49] Après avoir contemplé ma forme aussi effrayante, ne te trouble pas et ne permets pas à tes facultés d'être en proie à la confusion mais, d'un cœur heureux et toute peur apaisée, contemple à nouveau mon autre forme. »
SAMJAYA :
[50] Vâsudeva ayant ainsi parlé, reprit sa forme naturelle ; et ainsi, sous un aspect plus clément, le Grand Être apaisa bientôt les craintes d'Arjuna terrifié.
ARJUNA :
[51] « Maintenant que je revois ta forme humaine paisible, ô Janârdana, imploré par les mortels, mon esprit n'est plus troublé, et je rentre en possession de moi-même. »
KRISHNA :
[52] « Tu as vu celle de mes formes qui est difficilement perçue et que les Dieux eux-mêmes sont toujours ardemment désireux de contempler. [53] Mais je ne puis être vu tel que je me suis montré à toi, ni par l'étude des Veda, ni par les mortifications, ni par les aumônes, ni par les sacrifices. [54] On ne peut m'approcher, me voir et me connaître, en vérité, qu'au moyen de cette consécration qui n'a que moi pour objet. [55] Celui qui consacre toutes ses actions à moi seul, qui me considère comme le but suprême, qui est uniquement mon serviteur, détaché du fruit de l'action et sans inimitié envers quelque créature que ce soit, celui-là vient à moi, ô fils de Pându. »
Ainsi, dans l'UPANISHAD nommée la Sainte BHAGAVAD-GÎTÂ, dans la Science de l'Esprit Suprême, dans le livre de la Consécration, dans le colloque entre Krishna, le Saint Instructeur, et Arjuna, est exposé le onzième chapitre intitulé :
VISION DE LA FORME DIVINE
INCLUANT TOUTES LES FORMES
CHAPITRE XII
LA CONSÉCRATION PAR LA FOI
ARJUNA :
[1] « Parmi ceux de tes fidèles qui toujours t'honorent ainsi , quels sont ceux qui prennent la voie la meilleure, ceux qui adorent l'indivisible et le non-manifesté, ou bien ceux qui te servent sous ta forme présente ? »
KRISHNA :
[2] « Ceux qui m'adorent avec un zèle constant, avec la foi la plus haute et qui fixent leur mental sur moi, je les estime grandement. [3] Cependant, viendront aussi à moi ceux qui méditent sur l'inépuisable, immuable, sublime, incorruptible, difficile à contempler, invisible, omniprésent, inconcevable, le témoin, indémontrable, [4] et qui conservent la même égalité d'âme envers toutes choses, dont les sens et les organes sont maîtrisés, et qui se réjouissent du bonheur de toutes les créatures. [5] Pour ceux dont le cœur est attaché au non-manifesté, la tâche est plus ardue, car le sentier non manifesté est difficilement atteint par des êtres corporels . [6] Mais pour ceux qui m'honorent en abandonnant en moi toutes leurs actions, qui me considèrent comme le but suprême et méditent sur moi seul, [7] je deviendrai bientôt le sauveur qui les délivrera de cet océan d'incarnation et de mort, si leurs pensées sont tournées vers moi, ô fils de Prithâ. [8] Établis donc ton cœur en moi, pénètre-moi avec ta raison et tu demeureras dorénavant en moi sans aucun doute. [9] Mais si, pour commencer, tu es incapable de fixer ton cœur et ta raison fermement en moi, ô Dhanamjaya, alors efforce-toi de me trouver par la pratique constante dans la consécration. [10] Si, après une pratique constante, tu en es encore incapable, suis-moi par des actions que tu accompliras pour moi car, en accomplissant des œuvres qui me sont dédiées, tu atteindras à la perfection. [11] Si même cela est disproportionné à tes forces, alors, maître de toi-même, dédie-moi toutes tes actions, succès et échecs également en renonçant en moi au fruit de toute action. [12] En vérité, la connaissance vaut mieux que la pratique constante, la méditation est supérieure à la connaissance, le renoncement au fruit de l'action est supérieur à la méditation ; l'émancipation finale est le résultat immédiat d'un tel renoncement.
[13] « Est cher à mon cœur celui de mes fidèles qui est sans inimitié, bienveillant envers toutes les créatures, miséricordieux, entièrement exempt d'orgueil et d'égoïsme, le même dans la souffrance et dans la joie, patient dans l'injustice, [14] satisfait, d'un zèle constant, maître de soi, ferme dans ses résolutions et dont le cœur et la pensée sont fixés exclusivement sur moi. [15] Est aussi mon bien-aimé celui qui n'inspire pas de crainte aux hommes et ne craint pas les hommes ; qui est affranchi de la joie, de l'abattement et de la crainte du mal. [16] Celui d'entre mes fidèles qui ne vit pas dans l'attente de quelque chose , qui est pur, juste, impartial, sans peur et qui a renoncé à tout intérêt pour les résultats de l'action, celui-là est cher à mon cœur. [17] Est digne aussi de mon amour celui qui ne se réjouit ni ne critique, qui ne se lamente ni ne convoite et qui, étant mon serviteur, a abandonné tout intérêt aux bons comme aux mauvais résultats. [18] Est aussi mon serviteur bien-aimé celui qui est d'esprit égal envers l'ami et l'ennemi, le même dans l'honneur et l'opprobre, le froid et le chaud, le plaisir et la douleur et qui n'est pas préoccupé par l'aboutissement des choses; [19] pour qui le blâme et la louange sont identiques, qui mesure ses paroles, est satisfait quoi qu'il arrive, qui n'a pas d'habitation fixe et dont le cœur, tout à la dévotion, est fermement établi. [20] Mais les plus chers d'entre mes fidèles sont ceux qui cherchent cette ambroisie sacrée — la religion de l'immortalité — telle que je viens de l'expliquer, ceux qui ont une foi ardente, qui aspirent à moi par-dessus tout et qui se sont identifiés à la consécration. »
Ainsi, dans l'UPANISHAD nommée la Sainte BHAGAVAD-GÎTÂ, dans la Science de l'Esprit Suprême, dans le livre de la Consécration, dans le colloque entre Krishna, le Saint Instructeur, et Arjuna, est exposé le douzième chapitre intitulé :
CHAPITRE XIII
LA CONSÉCRATION
PAR LA DISTINCTION
ENTRE KSHETRA ET KSHETRAJÑA
Krishna :
[1] « Ce corps périssable, ô Fils de Kuntî, est connu sous le nom de Kshetra ; l'âme qui connaît ce corps est appelée Kshetrajña par ceux qui sont familiers avec la nature réelle des choses. [2] Sache aussi que je suis le Connaisseur dans chaque corps mortel, ô fils de Bharata ; la connaissance qui, par l'âme, réalise à la fois le connu et le connaisseur est seule considérée par moi comme sagesse. [3] Apprends de moi, brièvement, ce qu'est Kshetra ou le corps, ce à quoi on peut le comparer, ce qu'il produit et son origine, et, d'autre part, quel est celui qui, l'habitant, le connaît, et quel est son pouvoir. [4] Avec discernement et des arguments subtils, les Rishi l'ont chanté maintes fois dans les différents hymnes védiques en l'honneur de Brahmâ.
[5] « Or, ce corps est composé des grands éléments, Ahamkâra (égotisme), Buddhi (intellect ou jugement), le non-manifesté invisible, les dix centres d'action, le mental et les cinq objets des sens, [6] le désir, l'aversion, le plaisir et la douleur, la persistance de la vie et la fermeté, le pouvoir de cohésion. Je t'ai donc fait connaître ce qu'est Kshetra, ou le corps, avec toutes ses parties constituantes.
[7] « La véritable sagesse d'ordre spirituel est libre de toute estime de soi-même, d'hypocrisie et d'injustice envers les autres ; c'est la patience, la sincérité, le respect des maîtres spirituels, la pureté, la fermeté, la maîtrise de soi, [8] le non-attachement aux objets des sens, l'absence d'orgueil et une méditation sur la naissance, la mort, la déchéance, la maladie et l'erreur ; [9] c'est la délivrance de toute identification personnelle dans l'attachement pour les enfants, l'épouse et le foyer, et une constante et inébranlable fermeté d'âme devant chaque événement, tant favorable que défavorable ; [10] c'est un amour ininterrompu pour moi seul, le soi étant complètement effacé, une adoration dans un endroit solitaire et l'absence de plaisir dans les assemblées des hommes ; [11] c'est la poursuite résolue de l'étude d'Adhyâtma, l'Esprit Supérieur, et une méditation sur l'objet de l'acquisition d'une connaissance de la vérité ; voilà ce que l'on appelle sagesse ou connaissance spirituelle ; son opposé est l'ignorance.
[12] « Je te dirai maintenant l'objet de la sagesse dont la connaissance procure à l'homme l'immortalité ; c'est ce qui est sans commencement, c'est en vérité Brahman le Suprême qui ne peut être qualifié d'Être ou de Non-Être. [13] Il a des mains et des pieds dans toutes les directions ; des yeux, des têtes, des bouches et des oreilles dans chaque direction ; il est immanent dans le monde et possède le vaste tout. [14] Lui-même dépourvu d'organes, il est reflété par tous les sens et toutes les facultés ; non attaché et cependant supportant tout ; sans qualités et cependant le témoin de toutes les qualités. [15] Il est à l'intérieur et à l'extérieur de toutes les créatures animées et inanimées, il est inconcevable à cause de sa subtilité et, quoique proche, toujours lointain. [16] Bien qu'indivisé, il apparaît comme divisé parmi les créatures et, tout en supportant les choses existantes, il doit être aussi connu comme leur destructeur et leur créateur. [17] Lumière de toutes les lumières, il est considéré comme au delà des ténèbres ; et il est la sagesse elle-même, l'objet de la sagesse et ce qui peut être acquis par la sagesse ; il préside éternellement dans tous les cœurs. [18] Voilà brièvement exposés ce que sont le corps périssable, la sagesse elle-même et l'objet de la sagesse ; celui de mes fidèles qui ainsi, en vérité, me conçoit parvient à mon état.
[19] « Sache que prakriti, ou la nature, et purusha, l'esprit, sont sans commencement. Sache que les passions et les trois qualités découlent de la nature. [20] On dit que la nature, ou prakriti, est ce qui opère pour la production de la cause et de l'effet dans les actions ; l'esprit individuel, ou purusha, est, dit-on, la cause de l'expérience du plaisir et de la douleur. [21] Car l'esprit revêtu de matière, ou prakriti, éprouve les qualités qui procèdent de prakriti ; ses liaisons avec ces qualités sont la cause de sa renaissance dans des matrices bonnes ou mauvaises. [22] L'esprit dans le corps est appelé Maheshvara, le Grand Seigneur, le spectateur, le conseiller, le soutien, le bénéficiaire et aussi Paramâtma, l'âme suprême. [23] Celui qui possède cette connaissance de l'esprit, de la nature et des qualités ne renaîtra plus sur cette terre, quelle que soit sa façon de vivre.
[24] « Certains hommes, par la méditation, perçoivent l'esprit intérieur, en recourant à la contemplation du Soi ; certains l'atteignent par l'étude philosophique et sa réalisation ; [25] d'autres par la religion des œuvres, d'autres encore, n'ayant pu le connaître ainsi mais en ayant entendu parler, s'y attachent et le respectent ; et même ceux-là passeront au delà de l'océan de la mort s'ils sont simplement attentifs à écouter les Écritures et assidus à suivre la tradition.
[26] « Apprends, ô chef des Bharata, que c'est à l'union de Kshetra et de Kshetrajña — le corps et l'âme — qu'est due la production de toute chose, animée ou inanimée. [27] Celui qui perçoit l'Être Suprême existant également impérissable en toute chose périssable voit vraiment. [28] Percevant en tous lieux et en toute chose la présence de ce même Seigneur, il ne détruit pas son âme par son soi inférieur, mais va au but suprême. [29] Celui qui voit que toutes ses actions sont accomplies par la nature seule et que le soi intérieur n'est pas l'acteur voit effectivement. [30] Et lorsqu'il réalise parfaitement que toute chose dans la nature est englobée dans I'UN, il atteint à l'Esprit Suprême. [31] Cet Esprit Suprême, ô fils de Kuntî, même dans le corps, n'agit point dans l'action et n'est point influencé par elle parce que, étant sans commencement et dépourvu d'attributs, il est sans changement. [32] Comme l'Akâsha au mouvement universel, grâce à sa subtilité, pénètre partout sans être modifié, ainsi l'Esprit, bien que présent dans tous les corps, n'est pas attaché à l'action et n'en est pas affecté. [33] De même qu'un seul soleil illumine le monde entier, ainsi l'Esprit Unique illumine chaque corps, ô fils de Bharata. [34] Ceux qui, avec l'œil de la sagesse, distinguent ainsi la différence entre le corps et l'Esprit, et voient se détruire l'illusion des objets, vont au suprême. »
Ainsi, dans l'UPANISHAD nommée la Sainte BHAGAVAD-GÎTÂ, dans la Science de l'Esprit Suprême, dans le livre de la Consécration, dans le colloque entre Krishna, le Saint Instructeur, et Arjuna, est exposé le treizième chapitre intitulé :
LA CONSÉCRATION
PAR LA DISTINCTION
ENTRE KSHETRA ET KSHETRAJÑA
CHAPITRE XIV
LA CONSÉCRATION
PAR LA SÉPARATION DES TROIS
QUALITÉS
KRISHNA :
[1] « Je vais de plus t'expliquer cette science sublime et spirituelle, supérieure à toute autre, dont la connaissance a permis à tous les sages d'atteindre la suprême perfection au moment de la dissolution de ce corps. [2] Prenant refuge en cette sagesse, et ayant atteint à mon état, ils ne renaissent plus, même lors de la nouvelle évolution, et ils ne sont pas affectés au moment de la destruction générale.
[3] « Le grand Brahmâ est ma matrice, j'y dépose le germe ; de là découle la production de toutes les choses existantes ô fils de Bharata. [4] Ce grand Brahmâ est la matrice de toutes les formes variées produites par toutes les matrices et je suis le Père qui fournit la semence. [5] Les trois grandes qualités, sattva, rajas et tamas — lumière ou vérité, passion ou désir, indifférence ou ténèbres — sont nées de la nature et attachent l'âme impérissable au corps, ô toi aux bras puissants. [6] Parmi celles-ci, la qualité de sattva, par sa clarté et sa sérénité, enlace l'âme à la renaissance par l'attachement à la connaissance et aux choses agréables. [7] Sache que rajas est de la nature du désir et produit la soif et les penchants ; il emprisonne l'Ego, ô fils de Kunti, par les conséquences de l'action. [8] La qualité de tamas, fruit de l'indifférence dans la nature, induit en erreur toutes les créatures, ô fils de Bharata ; elle emprisonne l'Ego dans un corps par la folie inconsciente, le sommeil et la paresse.[9] La qualité de sattva attache l'âme par le bonheur et le plaisir, celle de rajas par l'action et celle de tamas par l'inattention, en entourant d'indifférence la faculté du jugement.
[10] « Quand les qualités de tamas et de rajas sont vaincues, ô fils de Bharata, celle de sattva prévaut ; tamas agit principalement quand sattva et rajas sont cachées ; quand les qualités de sattva et de tamas diminuent, c'est rajas qui prévaut. [11] Quand la sagesse, cette lumière éclatante, devient évidente à chaque porte du corps, on peut en déduire que la qualité de sattva prévaut intérieurement. [12] L'amour du gain, l'activité dans l'action, l'entreprise des œuvres, l'agitation et les désirs désordonnés sont les produits de la qualité de rajas, [13] tandis que les indices de la prédominance de la qualité de tamas sont l'absence d'illumination, la présence de la paresse, de l'inattention et de l'illusion, ô fils de Kuntî.
[14] « Si la dissolution du corps a lieu lors de la prédominance de la qualité de sattva, le soi intérieur va vers les sphères immaculées où se trouvent les êtres qui connaissent le lieu le plus haut. [15] Si cette dissolution a lieu lors de la prédominance de la qualité de rajas, l'âme renaît dans un corps attaché à l'action ; et, également, l'âme de celui qui meurt lors de la prédominance de la qualité de tamas renaît dans des matrices d'êtres égarés.
[16] « Le fruit des actions équitables est appelé pur et sain, il appartient à sattva ; le fruit de rajas est cueilli dans la douleur, et tamas ne produit que l'inconscience, l'ignorance et l'indifférence. [17] La sagesse est engendrée par sattva, le désir par rajas, l'ignorance, l'illusion et la folie par tamas. [18] Ceux en qui la qualité de sattva est établie s'élèvent vers les hauteurs, ceux qui sont possédés par rajas restent dans la sphère intermédiaire, le monde des humains, tandis que ceux qui sont subjugués par la sombre qualité de tamas s'enfoncent dans les régions inférieures. [19] Mais lorsque l'homme sage perçoit ces qualités comme les seuls agents de l'action et comprend ce qui leur est supérieur, il atteint à mon état. [20] Le soi incorporé est libéré de la renaissance, de la mort, de la vieillesse et de la souffrance et s'abreuve à la fontaine de l'immortalité lorsqu'il a surpassé les trois qualités qui coexistent avec le corps : la bonté, l'action et l'indifférence. »
ARJUNA :
[21] « Quels sont, ô Maître, les signes caractéristiques pour reconnaître l'homme qui a surpassé les trois qualités ? Quelle est sa façon de vivre et par quels moyens surmonte-t-il ces qualités ? »
KRISHNA :
[22] « Ô fils de Pându, celui qui n'éprouve pour ces qualités — l'illumination, l'action et l'illusion — nulle aversion en leur présence et nul regret en leur absence ; [23] qui, semblable à un témoin non concerné, reste indifférent à ces trois qualités et n'en est point troublé et, tout en étant persuadé de leur existence, n'est pas affecté; [24] qui maintient son égalité d'âme dans la souffrance comme dans la joie ; qui s'est dominé, pour qui la motte de terre, la pierre et l'or sont identiques et qui conserve la même égalité d'âme pour ceux qui aiment ou haïssent ; qui reste constant, le même dans la louange et dans le blâme, [25] en gardant la même égalité d'âme dans les honneurs et la disgrâce, envers l'ami ou l'ennemi et qui n'entreprend que les actions nécessaires, un tel homme a surmonté les trois qualités. [26] Celui de mes serviteurs qui m'adore avec une dévotion exclusive — ayant complètement dominé les qualités — est digne d'être absorbé en Brahman le Suprême. [27] Je suis tout à la fois le Souverain Suprême, l'Incorruptible, l'Immuable, la loi éternelle et la béatitude infinie. »
Ainsi, dans l'UPANISHAD nommée la Sainte BHAGAVAD-GÎTÂ, dans la Science de l'Esprit Suprême, dans le livre de la Consécration, dans le colloque entre Krishna, le Saint Instructeur, et Arjuna, est exposé le quatorzième chapitre intitulé :
LA CONSÉCRATION
PAR LA SÉPARATION DES TROIS
QUALITÉS
CHAPITRE XV
LA CONSÉCRATION
PAR LA CONNAISSANCE
DE L'ESPRIT SUPRÊME
KRISHNA :
[1] « Les hommes disent que l'Ashvattha, l'arbre sacré éternel , croît avec sa racine vers le haut et ses branches vers le bas, et que ses feuilles sont les Veda ; celui qui connaît cette vérité connaît les Veda. [2] Se développant au moyen des trois qualités . les branches de cet arbre, ayant les objets sensibles comme rameaux mineurs, poussent les unes vers le haut, les autres vers le bas ; et les racines qui se ramifient vers le bas dans les régions humaines forment le réseau des liens de l'action. [3] Ce n'est pas ainsi que sa forme est comprise par les hommes ; cet arbre n'a pas de commencement, son état actuel ne peut être compris et il n'a pas de fin. Lorsque l'Ashvattha, cet arbre aux racines profondément enfoncées, a été abattu avec la hache puissante du non-attachement, [4] il faut se mettre en quête du lieu d'où il n'y a plus de retour à la renaissance pour ceux qui s'y sont réfugiés, car c'est l'Esprit Primordial d'où s'écoule le flot ininterrompu de l'existence conditionnée. [5] Ceux qui se sont libérés de l'orgueil de soi, dont le discernement est devenu parfait, qui ont surmonté l'erreur de l'attachement à l'action, qui s'adonnent constamment et avec dévotion à la méditation sur l'Esprit Suprême, qui ont renoncé au désir et se sont libérés de l'influence des opposés, connus comme le plaisir et la douleur, ceux-là échappent à l'illusion et atteignent le lieu qui dure à jamais. [6] Ni le soleil, ni la lune, ni le feu n'éclairent ce lieu ; de là, il n'y a pas de retour, c'est ma demeure suprême.
[7] « C'est seulement une fraction de moi-même qui, ayant assumé la vie dans ce monde d'existence conditionnée, rassemble les cinq sens et le mental afin d'obtenir un corps et de pouvoir le quitter.[8] Le Souverain Seigneur porte ces facultés dans chaque corps qu'il anime et les emporte lorsqu'il abandonne ce corps, tout comme la brise se charge du parfum des fleurs. [9] Le Souverain Seigneur expérimente les objets des sens, en présidant aux fonctions de l'œil, de l'oreille, du toucher, du goût, de l'odorat et du mental. [10] Les égarés ne voient pas l'Esprit lorsque celui-ci abandonne le corps ou y demeure, ou lorsque, mû par les qualités, il recueille des expériences dans le monde. Mais ceux qui possèdent l'œil de la sagesse le perçoivent, [11] et les fidèles qui s'y exercent assidûment le voient dans leur propre cœur ; tandis que ceux qui ne se sont pas dominés et qui sont dénués de discernement ne peuvent le voir malgré tous leurs efforts. [12] Sache que la splendeur du soleil qui illumine le monde entier, la lumière de la lune et celle du feu sont ma propre splendeur. [13] Je pénètre la terre et je soutiens par ma puissance toutes les choses vivantes ; je suis la vertu de la sève qui est la saveur, nourrissant toutes les herbes et les plantes des champs. [14] Sous la forme du feu intérieur des vivants, je me joins à la respiration ascendante et descendante et je produis l'assimilation des quatre sortes d'aliments. [15] Je suis dans le cœur de tous les hommes, et c'est de moi que proviennent la mémoire, la connaissance et aussi la perte des deux. C'est moi qui dois être connu à l'aide de tous les Veda ; c'est moi l'auteur du Vedânta, et moi seul l'interprète des Veda.
[16] « II y a deux espèces d'êtres dans le monde, l'une divisible, l'autre indivisible ; la divisible comprend toutes choses et toutes les créatures, l'indivisible est appelée Kûtastha — qui se tient imperturbable sur la hauteur. [17] Mais il existe un autre esprit appelé l'Esprit Suprême — Paramâtma — qui pénètre et soutient les trois mondes. [18] Étant au-dessus du divisible et supérieur à l'indivisible, je suis connu dans le monde et dans les Veda comme l'Esprit Suprême. [19] Celui qui, n'étant pas égaré, me connaît comme cet Esprit Suprême connaît toutes choses et me vénère sous toute forme et en toute condition.
«Ainsi t'ai-je exposé, ô toi sans péché, cette science très sacrée ; celui qui l'aura comprise, ô fils de Bharata, sera un sage et accomplira tout ce qui doit être accompli. »
Ainsi, dans l'UPANISHAD nommée la
Sainte BHAGAVAD-GÎTÂ, dans la Science de l'Esprit Suprême, dans le livre
de la Consécration, dans le colloque entre Krishna, le Saint Instructeur,
et Arjuna, est exposé le quinzième chapitre intitulé :
LA CONSÉCRATION
PAR LA CONNAISSANCE
DE L'ESPRIT SUPRÊME
CHAPITRE XVI
LA CONSÉCRATION
PAR LE DISCERNEMENT
ENTRE LES NATURES DIVINE
ET DÉMONIAQUE
KRISHNA :
[1] « Écoute, ô fils de Bharata, quels sont les signes de celui dont les vertus sont de qualité divine : l'intrépidité, la sincérité, l'assiduité dans la consécration, la générosité, la maîtrise de soi, la piété et les aumônes, l'étude, l'austérité et la droiture ; [2] la non-violence, le respect de la vérité et l'absence de colère, le renoncement, l'égalité d'âme et le silence sur les défauts d'autrui, la compassion universelle, la modestie et la douceur ; [3] la patience, la puissance, la force d'âme et la pureté, la discrétion, la dignité, le pardon des offenses et l'absence d'orgueil. [4] Ceux qui sont nés, ô fils de Prithâ, avec des dispositions démoniaques sont caractérisés par l'hypocrisie, l'orgueil, la colère, la présomption, l'âpreté de langage et l'ignorance. [5] La libération finale est le destin de ceux dont les attributs sont de caractère divin, tandis que le destin des êtres à la disposition démoniaque, nés pour partager le sort des Asura, est l'assujettissement continuel à la naissance mortelle ; ne sois pas en proie à l'affliction, ô fils de Pându, car tu es né avec le destin divin. [6] La nature des êtres dans ce monde est de deux espèces, l'une est divine, l'autre démoniaque ; la divine a été pleinement exposée, écoute maintenant, ô fils de Prithâ, ce qu'est la démoniaque.
[7] « Ceux qui sont nés avec la disposition démoniaque — de la nature des Asura — ne connaissent ni la nature de l'action, ni celle de la cessation de l'action ; ils ne connaissent ni la pureté, ni la droiture, et ne possèdent pas la véracité. [8] Ils nient que l'univers contienne en lui-même quelque vérité et disent qu'il n'est pas gouverné par la loi et que nul Esprit n'est en lui ; ils considèrent l'union sexuelle comme la cause unique de la reproduction des créatures et pensent que tout n'existe que pour la jouissance. [9] Soutenant cette opinion, ayant l'âme ruinée, le mental borné et la nature pervertie, ennemis du monde, ils sont nés pour détruire. [10] Ils s'abandonnent à des désirs insatiables, sont pleins d'hypocrisie et attachés à de fausses croyances par leurs erreurs mêmes. [11] Ils se livrent à des réflexions illimitées qui ne trouvent un terme que dans l'annihilation, et sont convaincus jusqu'à la mort que la jouissance des objets de leurs désirs est le bien suprême. [12] Étroitement attachés par la centuple corde du désir, prompts à la jouissance et à la colère, ils cherchent la satisfaction de leurs désirs et appétits par l'injustice et l'accumulation des richesses. [13] " J'ai acquis cet objet aujourd'hui et j'obtiendrai cet autre cher à mon cœur ; cette fortune est mienne et celle-là aussi le sera. [14] Cet ennemi, je l'ai déjà tué et je vaincrai sous peu les autres ; je suis le maître, je suis puissant et je suis heureux.[15] Je suis riche et préside parmi les hommes ; en existe-t-il un semblable à moi ? Je ferai des sacrifices, donnerai des aumônes et serai heureux. " Ainsi parlent les égarés. [16] Confondus par toutes sortes de désirs, pris au .filet de l'illusion, étroitement attachés à la satisfaction de leurs désirs, ils descendent dans les enfers. [17] Imbus d'eux-mêmes, autoritaires, orgueilleux et toujours à la poursuite des richesses, ils remplissent les devoirs religieux avec hypocrisie, sans même suivre le rituel , mais seulement pour les apparences. [18] Se complaisant dans l'orgueil, l'égoïsme, l'ostentation, la force, la passion et la colère, ils me détestent, moi qui suis dans leur corps et dans le corps des autres. [19] C'est pourquoi je précipite continuellement ces êtres cruels et haineux, les plus vils des hommes, dans des matrices de nature infernale, dans ce monde de renaissances. [20] Condamnés à ces matrices infernales et de plus en plus égarés dans chaque incarnation successive, ces êtres ne viennent jamais à moi, ô fils de Kuntî, mais atteignent à la longue la région la plus basse.
[21] « Les portes de l'enfer, destructrices de l'âme, sont triples : le désir, la colère et la convoitise ; il faudrait donc les abandonner. [22] Lorsqu'il est délivré de ces trois portes de l'enfer, ô fils de Kuntî, un homme œuvre au salut de son âme et ainsi atteint le sentier le plus haut. [23] Celui qui s'écarte des prescriptions des Écritures pour suivre les commandements de ses désirs n'atteint ni à la perfection, ni au bonheur, ni au sentier le plus haut. [24] C'est pourquoi, en décidant de ce qu'il convient ou non de faire, tu devrais accomplir les actions sur terre avec une connaissance des prescriptions des Saintes Écritures. »
Ainsi, dans l'UPANISHAD nommée la Sainte BHAGAVAD-GÎTÂ, dans la Science de l'Esprit Suprême, dans le livre de la Consécration, dans le colloque entre Krishna, le Saint Instructeur, et Arjuna, est exposé le seizième chapitre intitulé :
LA CONSÉCRATION
PAR LE DISCERNEMENT
ENTRE LES NATURES DIVINE
ET DÉMONIAQUE
CHAPITRE XVII
LA CONSÉCRATION
EN RAPPORT AVEC LES TROIS SORTES
DE FOI
ARJUNA :
[1] « Quel est l'état des hommes qui, tout en négligeant les préceptes des Écritures, accomplissent les devoirs religieux avec foi, ô Krishna ? Tient-il de la qualité de sattva, de rajas ou de tamas ? »
KRISHNA :
[2] « La foi des mortels est de trois sortes et résulte de leur disposition particulière ; elle est de la qualité de la vérité, sattva ; de l'action, rajas ; de l'indifférence, tamas ; écoute maintenant quelles sont ces trois sortes de foi.
[3] « La foi de chacun, ô fils de Bharata, découle de la qualité de sattva ; l'âme incarnée étant douée de foi, chaque homme est de la même nature que celle de l'idéal auquel sa foi est attachée. [4] Ceux dont le caractère provient de la prédominance de la bonne qualité, ou sattva, adorent les Dieux ; ceux en qui la qualité de rajas prédomine adorent les puissances célestes, les Yaksha et les Râkshasa ; d'autres, sous la prédominance de l'obscure qualité de tamas, ou indifférence, adorent les puissances élémentales et les esprits des morts. [5] Ils sont pleins d'hypocrisie et d'orgueil ceux qui pratiquent des mortifications sévères, non prescrites par les Écritures, en soupirant après le passé et [6] désirant toujours plus. En proie aux illusions, ils torturent les puissances et les facultés qui sont dans le corps et me torturent aussi, moi qui réside dans les replis les plus profonds du cœur ; sache que ces êtres sont de tendance infernale.
[7] « Apprends que la nourriture agréable à tous, ainsi que les sacrifices, les mortifications et les aumônes, sont également de trois sortes ; écoute leur classification. [8] La nourriture préférée par les êtres en qui prévaut la qualité de sattva est celle qui prolonge la vie, qui augmente la vigueur et la force, qui préserve de la maladie et maintient l'égalité d'âme et le contentement, qui est savoureuse, nourrissante, toujours salutaire et en harmonie avec le corps. [9] Celle qui est préférée par les hommes soumis à la qualité de rajas est très amère, trop acide, salée à l'excès, très épicée, âcre, sèche et brûlante ; elle provoque le malaise, la douleur et la maladie. [10] Toute nourriture préparée la veille, insipide ou en décomposition et impure, est préférée par ceux en qui prévaut la qualité de tamas, ou indifférence.
[11] « Le sacrifice ou le culte prescrit par les Écritures et pratiqué par ceux qui ne s'attendent à aucune récompense, mais qui sont convaincus de la nécessité de l'accomplir, tient de la qualité de la lumière, de la bonté, de sattva. [12] Sache cependant, ô le meilleur des Bharata, que le culte ou le sacrifice pratiqué dans le but d'obtenir des résultats et pour paraître pieux appartient à la passion, la qualité de rajas. [13] Mais s'il est pratiqué sans suivre les préceptes des Saintes Écritures, sans distribution de pain, sans hymnes sacrés ni offrandes aux Brâhmanes à l'issue des cérémonies, et sans foi, il est de la qualité de tamas.
[14] « La vénération pour les dieux, les Brâhmanes, les instructeurs et les sages, la pureté, la droiture, la chasteté et la non-violence, sont ce qu'on appelle la mortification du corps. [15] Un langage bienveillant ne causant pas d'anxiété, franc et amical, et l'assiduité dans la lecture des Écritures sont considérés comme des austérités du langage. [16] La sérénité d'esprit, la douceur de caractère, le silence, la maîtrise de soi, la droiture absolue dans la conduite sont ce qu'on appelle la mortification du mental. [17] Cette triple mortification, ou austérité, est de la qualité de sattva si elle est pratiquée avec une foi suprême par ceux qui n'aspirent à aucune récompense.
[18] « Mais l'austérité qui est pratiquée avec hypocrisie, en vue d'obtenir de la considération personnelle ou de la gloire et des faveurs, qui est incertaine et n'appartient qu'à ce monde tient de la qualité de rajas. [19] Les austérités qui sont pratiquées uniquement en s'infligeant des tortures, ou par suite d'un mauvais jugement, ou encore en vue d'infliger une souffrance à autrui tiennent de la qualité de tamas. [20] Les dons octroyés au moment opportun, à la personne convenable et par ceux qui ne désirent rien en retour sont de la qualité de sattva ; ils sont bons et de la nature de la vérité. [21] Mais le don octroyé dans l'espoir que le bénéficiaire en fasse retour, ou pour en retirer un bénéfice spirituel, ou qui est offert à contrecœur tient de la qualité de rajas ; il est mauvais et participe de l'erreur. [22] Les dons faits hors de propos, sans l'attention nécessaire, avec dédain et à des personnes qui en sont indignes, tiennent de la qualité de tamas ; ils sont entièrement mauvais et de la nature des ténèbres.
[23] « AUM, TAT, SAT sont, dit-on, la triple désignation de l'Être Suprême. C'est par ces mots que furent consacrés au commencement les êtres possédant la connaissance de Brahmâ, les Veda et les sacrifices. [24] C'est pourquoi ceux qui interprètent les Saintes Écritures font toujours précéder du mot AUM les sacrifices, les aumônes et la pratique des austérités. [25] Le mot TAT précède les rites de sacrifice, les austérités et les aumônes de ceux qui aspirent à l'immortalité et qui n'attachent pas d'intérêt à la récompense de leurs actions. [26] Le mot SAT est employé pour désigner les qualités vraies et saintes ; il est également appliqué aux actions louables, ô fils de Prithâ. [27] L'état de sacrifice mental pendant la suspension des actions est aussi appelé SAT. [28] Tout ce qui est accompli sans foi : sacrifices, aumônes ou austérités, est appelé ASAT — ce qui est privé de vérité et de bonté — ô fils de Prithâ, et n'est d'aucun profit dans cette vie ni après la mort. »
Ainsi, dans l'UPANISHAD nommée la Sainte BHAGAVAD-GÎTÂ, dans la Science de l'Esprit Suprême, dans le livre de la Consécration, dans le colloque entre Krishna, le Saint Instructeur, et Arjuna, est exposé le dix-septième chapitre intitulé :
LA CONSÉCRATION
EN RAPPORT AVEC LES TROIS SORTES
DE FOI
CHAPITRE XVIII
LA CONSÉCRATION
EN RAPPORT
AVEC LE RENONCEMENT
ET LA LIBÉRATION FINALE
ARJUNA :
[1] « Je désire apprendre, ô toi aux grands bras, quelle est la nature de l'abstention de l'action et celle de l'abandon des résultats de l'action, ainsi que la différence entre les deux, ô tueur de Keshin . »
KRISHNA :
[2] « Les bardes pensent que l'abandon des actions faites en vue d'un but désiré est le renoncement, ou Samnyâsa ; le sage considère le non-attachement au fruit de toute action comme le véritable désintéressement à l'action. [3] Certains hommes sages disent : « Toute action doit être évitée comme un crime » , tandis que d'autres déclarent : « II ne faut pas abandonner les actes de sacrifice, de mortification et de charité » . [4] Parmi ces opinions partagées, écoute, ô le meilleur des Bharata, quelle est ma ferme décision sur l'abandon désintéressé, que l'on considère comme étant de trois sortes, ô chef des hommes.[5] Les actes de sacrifice, de mortification et de charité ne doivent pas être abandonnés, car il convient de les accomplir et ils sont les purificateurs des sages. [6] Cependant, même ces actes doivent être accomplis après avoir renoncé à tout intérêt égoïste pour eux et leurs fruits ; telle est, ô fils de Prithâ, ma conclusion finale et définitive. [7] Il ne convient pas de s'abstenir des actes nécessaires et obligatoires ; cette abstention est due à l'illusion provenant de la qualité de tamas. [8] Éviter des actions parce qu'elles sont pénibles et par crainte de contrariétés provient de la qualité de rajas qui appartient à la passion ; celui qui omet de faire ainsi l'acte qu'il devrait accomplir n'obtiendra pas le fruit qui résulte du véritable abandon. [9] L'action qui est accomplie, ô Arjuna, parce que nécessaire, obligatoire et convenable, tout intérêt personnel ayant été écarté, et sans attachement à l'action, est considérée comme étant de la qualité de la vérité et de la bonté appelée sattva. [10] Celui qui, pénétré de la qualité de bonté, sage et exempt de tout doute, accomplit le vrai renoncement, n'a pas d'aversion pour les œuvres qui échouent ni d'attachement pour celles qui réussissent. [11] Il est impossible aux mortels d'abandonner complètement les actions ; mais celui qui renonce aux résultats de l'action a véritablement renoncé. [12] Le triple résultat de l'action — agréable, fâcheux et mixte — revient, après la mort, à ceux qui ne pratiquent point ce renoncement; mais aucun résultat ne suit ceux qui renoncent parfaitement .
[13] « Apprends, ô toi aux grands bras, que, conformément à ce qui a été énoncé, cinq facteurs sont nécessaires pour l'accomplissement de toute action. [14] Ce sont le substratum, l'agent, les différentes sortes d'organes, les mouvements variés et distincts, et avec eux, en cinquième lieu, les divinités exerçant leur empire. [15] Ces cinq facteurs sont inclus dans l'accomplissement de tout acte entrepris par un homme, avec son corps, sa parole ou son mental.[16] Cela étant, quiconque, à cause de l'imperfection de son mental, considère le soi véritable comme agent se trompe et voit mal. [17] Celui dont la nature est exempte d'égotisme et dont le pouvoir de discernement n'est pas aveuglé ne tue pas, même en tuant tous ces êtres, et il n'est pas enchaîné par les liens de l'action. [18] Les trois causes qui incitent à l'action sont la connaissance, l'objet à connaître et le connaisseur ; la totalité de l'action est également triple : l'acte, l'instrument et l'agent. [19] La connaissance, l'acte et l'agent sont aussi classés en trois catégories suivant les trois qualités ; écoute leur énumération d'après cette classification.
[20] « Sache que la sagesse qui ne perçoit dans toute la nature qu'un seul principe, indivisible et incorruptible, non séparé dans les objets séparés visibles, est de la qualité de sattva. [21] La connaissance qui perçoit la présence de principes différents et multiples dans le monde des êtres créés appartient à rajas, la qualité de la passion. [22] Mais la connaissance complètement dénuée de valeur, étroite, qui s'attache à un seul objet comme s'il représentait le tout et ne voit pas la cause réelle de l'existence, est de la qualité de tamas, indifférente et ténébreuse.
[23] « L'action juste à accomplir, faite sans attachement aux résultats, dénuée d'orgueil et d'égoïsme est de la qualité de sattva ; [24] celle qui est accomplie en vue de ses conséquences, avec de grands efforts ou avec égotisme, est de la qualité de rajas. [25] Et celle qui, par l'effet de l'illusion, est entreprise sans souci pour ses conséquences, sans la force de l'accomplir, ou sans considération du mal qu'elle peut causer, est de la qualité des ténèbres, ou tamas.
[26] « L'acteur qui accomplit les actions nécessaires sans s'attacher à leurs conséquences, sans désir et sans haine, tient de la nature de la qualité de la vérité — sattva. [27] L'acteur, dont les actions sont accomplies avec attachement au résultat, avec de grands efforts, pour l'assouvissement de ses passions, avec orgueil, convoitise et impureté, avec joie et tristesse, tient de la qualité de rajas : passion et désir. [28] L'acteur qui est ignorant, sot, qui entreprend des actions au-dessus de sa capacité, sans discernement, avec paresse, ruse, opiniâtreté, méchanceté et lenteur, tient de la qualité de tamas.
[29] « Écoute maintenant, ô Dhanamjaya, conquérant de la fortune, mon explication concernant les différences dans la faculté de discernement et dans la faculté intérieure de persévérance, suivant les trois catégories découlant des divisions des trois qualités. [30] La faculté de discernement qui connaît la manière de commencer et de renoncer ; qui sait ce qui doit et ce qui ne doit pas être fait, ce qu'il faut craindre et ce qu'il ne faut pas craindre, ce qui lie étroitement et ce qui libère l'âme, est de la qualité de sattva. {31] Le discernement, ô fils de Prithâ, qui ne sait pas complètement ce qui doit être fait et ce qui ne doit pas l'être, ce qu'il faut craindre et ce qu'il ne faut pas craindre, est de la qualité de rajas, née de la passion. [32] La faculté de discernement qui est enveloppée d'obscurité, confondant le mal avec le bien et prenant toutes les choses à l'encontre de leur objet et de leur signification véritables, est de la qualité ténébreuse de tamas.
[33] « La faculté de persistance qui maintient la cohésion de l'homme et, par la consécration, contrôle chaque mouvement de la pensée, de la respiration, des sens et des organes, participe de la qualité de sattva. [34] On considère comme étant de la qualité de rajas la faculté qui, dans l'homme intéressé aux fruits de l'action, recherche le devoir, le plaisir et la fortune. [35] Est de la qualité de tamas la faculté qui attache l'homme de caractère inférieur à la torpeur, à la crainte, au chagrin, à la vanité et à la témérité, ô fils de Prithâ.
[36] « Écoute maintenant quelles sont les trois sortes de plaisir dont l'habitude engendre le bonheur et met fin à la peine. [37] Ce qui semble poison au commencement et élixir de vie à la fin et qui provient d'un entendement purifié participe de la qualité de sattva. [38] Ce qui provient de l'union des sens avec leurs objets, qui est doux comme l'élixir de vie au début mais semblable au poison à la fin, participe de la qualité de rajas. [39] Le plaisir qui, au début comme à la fin, provenant du sommeil, de l'oisiveté, et de la négligence, tend à stupéfier l'âme au début et à la fin participe de la sombre qualité de tamas. [40] Il n'existe pas sur terre, ou parmi les légions célestes, de créatures dégagées de ces trois qualités nées de la nature.
[41] « Les devoirs respectifs des quatre castes — Brâhmanes, Kshatriya, Vaishya et Shûdra — sont aussi déterminés par les qualités qui prédominent dans le caractère de chacune, ô persécuteur de tes ennemis. [42] Le devoir naturel d'un Brâhmane comprend la tranquillité, la pureté, la maîtrise de soi, la patience, la droiture, le savoir, le discernement spirituel et la croyance en l'existence d'un autre monde. [43] Les devoirs du Kshatriya provenant de sa nature sont la valeur, la gloire, la force, la fermeté, la générosité, le non-abandon du champ de bataille et la noblesse de caractère. [44] Les devoirs naturels du Vaishya consistent à labourer la terre, à s'occuper du bétail, à vendre et à acheter, et ceux du Shûdra à servir suivant ses capacités naturelles.
[45] « Les hommes satisfaits et dévoués à leurs propres devoirs atteignent à la perfection ; écoute maintenant comment cette perfection est atteinte par la consécration au devoir naturel.
[46] « Un homme atteint à la perfection s'il sacrifie à l'Être Suprême qui est la source des actions de tous et par qui cet univers a été déployé. [47] Même dépourvu d'excellence, l'accomplissement des devoirs qui incombent en propre à un homme de par sa nature vaut mieux que l'accomplissement, même parfait, du devoir d'autrui ; et celui qui remplit les devoirs imposés par sa nature n'encourt pas le péché. [48] Même entaché d'erreur, le devoir naturel propre d'un homme ne doit pas être abandonné. Car, de même que le feu est enveloppé de fumée, ainsi toutes les actions humaines sont enveloppées d'erreur. [49] Celui qui, dans toutes les actions, conserve une intelligence libre et un cœur dompté atteint par le renoncement la suprême perfection de la libération de l'action.
[50] « Apprends de moi, brièvement, comment l'homme arrivé à la perfection atteint à l'Esprit Suprême qui est la fin, le but et la plus haute condition de la connaissance spirituelle.
[51] « Celui qui, pénétré de pur discernement, se maîtrise avec fermeté, écarte les charmes des sons et autres objets des sens et se débarrasse de l'attachement et de l'aversion, [52] qui demeure dans des endroits retirés, mange peu, tient sous contrôle le langage, le corps et le mental, s'engage dans une méditation constante et reste inébranlablement établi dans le non-attachement au désir, [53] qui abandonne l'égotisme, l'arrogance, la violence, la vanité, le désir, la colère, l'orgueil et les possessions et demeure toujours calme, un tel homme est qualifié pour devenir l'Être Suprême. [54] Ayant ainsi atteint au Suprême, il est plein de sérénité, il ne connaît plus l'affliction ni le désir mais, égal envers toutes les créatures, il atteint la suprême dévotion pour moi. [55] Par cette dévotion pour moi, il sait fondamentalement qui je suis et ce que je suis, et, m'ayant ainsi découvert, il entre en moi sans traverser d'état intermédiaire. [56] Et même l'homme toujours engagé dans l'action, s'il place sa confiance en moi seul, atteindra grâce à ma faveur la demeure éternelle impérissable et incorruptible. [57] Que ton cœur place toutes tes œuvres en moi ; préfère-moi à tout, pratique constamment la consécration mentale et pense constamment à moi. [58] Ainsi, par ma grâce divine, tu vaincras toutes les difficultés qui t'entourent ; mais si, par orgueil, tu ne veux pas écouter mes paroles, tu seras perdu sans aucun doute. [59] Et si, plein de suffisance, tu disais : « Je ne veux pas combattre » , une telle détermination se révélerait vaine, car les principes de ta nature te pousseront à le faire. [60] Lié à tes devoirs naturels par tout le karma passé, tu feras involontairement et par nécessité ce que dans ta folie tu ne voulais pas faire, ô fils de Kuntî. [61]Il y a dans le cœur de chaque créature, ô Arjuna, le Maître —Îshvara — qui, par son pouvoir magique, cause la rotation de toutes les choses et de toutes les créatures sur la roue universelle du temps. [62] Prends refuge en lui seul, ô fils de Bharata, et de toute ton âme ; par sa grâce tu obtiendras le bonheur suprême, le lieu éternel.
[63] « Ainsi, je t'ai communiqué cette connaissance qui est un mystère plus secret que le secret lui-même ; approfondis-le avec ta raison ; agis comme il te semblera le mieux.
[64] « Mais écoute encore les paroles suprêmes, les plus mystérieuses, que je vais maintenant te révéler pour ton bien parce que tu es mon bien-aimé. [65] Place ton cœur en moi tel que je me suis révélé, sers-moi, ne sacrifie qu'à moi, ne t'incline que devant moi et tu viendras à moi ; je le jure car tu m'es cher. [66] Abandonne toute autre religion et prends-moi comme seul refuge ; ne t'afflige pas, car je te délivrerai de tous les péchés. [67]Cependant, ne révèle jamais cela à qui ne pratique pas la mortification, qui est sans dévotion, qui ne tient pas à l'entendre, ni à qui me méprise. [68] Celui qui exposera ce mystère suprême à mes fidèles viendra à moi s'il m'est consacré avec la plus haute dévotion ; [69] il n'y aura personne parmi les hommes qui me servira mieux que lui et, parmi tous les êtres terrestres, il me sera le plus cher. [70] Si quelqu'un étudie ce dialogue sacré tenu entre nous, je considérerai qu'il m'honore avec dévotion par le sacrifice de la connaissance : telle est ma décision. [71] Et même l'homme qui écoutera ce dialogue avec foi et sans le mépriser, étant libéré du mal, atteindra les régions de béatitude destinées aux êtres dont les actes sont justes.
[72] « As-tu tout entendu avec un mental parfaitement concentré, ô fils de Prithâ ? Les illusions de la pensée résultant de l'ignorance sont-elles maintenant dissipées, ô Dhanamjaya ? »
ARJUNA :
[73] « Par ton pouvoir divin, ô toi qui ne faillis jamais , mon illusion a été détruite et j'ai repris possession de moi-même. Libéré du doute, ferme, j'agirai selon ton commandement. »
SAMJAYA :
[74] Ainsi ai-je entendu ce dialogue étonnant et merveilleux, encore jamais ouï, entre Vâsudeva et le fils magnanime de Prithâ. [75] Par la grâce de Vyâsa, j'ai pu entendre ce mystère suprême du Yoga — la consécration — tel qu'il fut révélé par la bouche de Krishna lui-même, le Maître Suprême de la consécration. [76] Et chaque fois que je me remémore, ô Roi puissant, ce merveilleux dialogue sacré entre Krishna et Arjuna, je suis sans cesse transporté. [77] Aussi lorsque je rappelle à ma mémoire la forme merveilleuse de Hari , le Seigneur, mon étonnement est grand, ô Roi, et je me réjouis toujours et toujours. [78] Partout où peuvent être Krishna, le Maître suprême de la consécration, et le fils de Prithâ, le puissant archer, là se trouvent, avec certitude, la fortune, la victoire, l'opulence et l'action sage; telle est ma croyance.
Ainsi, dans l'UPANISHAD nommée la Sainte BHAGAVAD-GÎTÂ, dans la Science de l'Esprit Suprême, dans le livre de la Consécration, dans le colloque entre Krishna, le Saint Instructeur, et Arjuna, est exposé le dix-huitième chapitre intitulé :
LA CONSÉCRATION
EN RAPPORT
AVEC LE RENONCEMENT
ET LA LIBÉRATION FINALE